Chaque année, la même surprise pour les salariés qui viennent de s'installer à Strasbourg, Mulhouse ou Metz : le lendemain de Noël, les bureaux sont fermés, les commerces baissent le rideau et personne ne pose de jour de congé. Ailleurs en France, le 26 décembre est un jour ouvré comme un autre. Ici, c'est un jour férié — et même un jour chômé, ce qui n'est pas tout à fait la même chose.
Cette différence n'a rien d'un usage local toléré : elle est inscrite noir sur blanc dans le Code du travail, à l'article L3134-13, qui organise un régime des jours fériés propre aux trois départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle. Ce texte hérité de l'histoire donne à ce territoire treize jours fériés au lieu de onze, et surtout il renverse le principe applicable partout ailleurs : en Alsace-Moselle, le repos est la règle, pas l'exception.
Cet article fait le point sur ce que dit exactement la loi, sur les départements concernés, sur l'origine historique de ce droit local, et sur les conséquences très concrètes pour les employeurs et les salariés — y compris en cas de mutation d'une région à l'autre. Nous verrons aussi pourquoi le 26 décembre et le Vendredi Saint, souvent cités ensemble, n'obéissent pas du tout aux mêmes conditions.
Le 26 décembre : férié uniquement en Alsace-Moselle
Le Code du travail français comporte deux régimes parallèles pour les jours fériés. Le régime général, applicable dans l'immense majorité du territoire, fixe onze fêtes légales. Le régime local, applicable dans trois départements seulement, en fixe treize. Le 26 décembre fait partie des deux jours supplémentaires.
Le point souvent mal compris tient à la formulation du texte. L'article L3134-13 ne mentionne pas littéralement « le 26 décembre » : il énumère, au dernier de ses douze alinéas, « le premier et le second jour de Noël ». Autrement dit, le 25 et le 26 décembre. Ce vocabulaire vient directement du droit allemand du XIXe siècle, où Noël se célèbre sur deux jours (Erster et Zweiter Weihnachtstag), une tradition que l'on retrouve aujourd'hui encore en Allemagne, en Autriche et dans les pays scandinaves.
Cette nuance entre « férié » et « chômé » est le cœur du sujet. Dans le régime général, un jour férié est une date reconnue par la loi, mais l'employeur peut en principe demander à ses salariés de travailler ce jour-là, sauf disposition contraire d'une convention collective ou d'un accord d'entreprise. Seul le 1er mai échappe à cette logique et bénéficie d'un chômage imposé par la loi. En Alsace-Moselle, la logique est inversée : les treize jours listés sont chômés d'office.
Les trois départements concernés : Bas-Rhin, Haut-Rhin et Moselle
Le chapitre du Code du travail qui contient l'article L3134-13 s'intitule sans ambiguïté « Dispositions particulières aux départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin ». Le périmètre est donc strictement départemental :
- Bas-Rhin (67) — chef-lieu Strasbourg ;
- Haut-Rhin (68) — chef-lieu Colmar ;
- Moselle (57) — chef-lieu Metz.
Deux erreurs de périmètre reviennent constamment. La première consiste à parler de « l'Alsace » : la région Grand Est ne relève pas du droit local dans son ensemble, et des départements voisins comme les Vosges (88), la Meurthe-et-Moselle (54) ou la Meuse (55) appliquent le régime général, alors même qu'ils partagent une frontière avec la Moselle. La seconde consiste à raisonner par établissement plutôt que par lieu de travail : c'est bien la localisation du poste de travail du salarié, et non le siège social de l'entreprise, qui détermine le régime applicable.
Pourquoi cette spécificité historique existe encore
L'explication tient en trois dates. En 1871, à l'issue de la guerre franco-prussienne, le traité de Francfort rattache l'Alsace et une partie de la Lorraine à l'Empire allemand. Pendant près d'un demi-siècle, ces territoires vivent donc sous législation allemande, laquelle intègre notamment le second jour de Noël et le Vendredi Saint dans les fêtes chômées.
En 1918, l'Alsace-Moselle redevient française. Le législateur se trouve alors face à un choix : abroger d'un trait de plume l'ensemble du droit local, ou le maintenir. Pour éviter une rupture brutale dans des domaines sensibles — régime des cultes, sécurité sociale, chasse, régime communal, artisanat —, la France opte pour le maintien transitoire, formalisé notamment par la loi du 1er juin 1924 de mise en vigueur de la législation civile française. Ce « transitoire » n'a jamais pris fin.
Un siècle plus tard, le droit local alsacien-mosellan reste donc en vigueur, non par oubli mais par choix politique répété. Le Conseil constitutionnel a d'ailleurs reconnu, en 2011, l'existence d'un principe fondamental reconnu par les lois de la République permettant le maintien de ce droit particulier tant que le législateur ne l'a pas unifié. Vous pouvez approfondir l'ensemble de ces dispositions sur notre droit local Alsace-Moselle.
Conséquences RH pour les entreprises
Pour un service paie ou RH, le 26 décembre soulève trois questions pratiques.
Le salarié peut-il être appelé à travailler ?
En principe, non. Puisque le texte qualifie ces journées de « chômées », le travail y est interdit sauf dans les secteurs dont l'activité ne peut être interrompue — santé, secours, transports, hôtellerie-restauration, industries à feu continu, sécurité. Les dérogations relèvent des règles générales applicables au travail les jours fériés dans ces branches, et non d'une faculté discrétionnaire de l'employeur.
Le chômage entraîne-t-il une perte de salaire ?
Non. Le chômage d'un jour férié ne peut pas entraîner de réduction de rémunération pour les salariés remplissant la condition d'ancienneté prévue par le Code du travail. La journée est donc payée comme une journée normale, sans imputation sur les congés payés ni sur les compteurs de RTT.
Que se passe-t-il quand le 26 décembre tombe un samedi ou un dimanche ?
Aucune récupération n'est prévue par la loi. Comme pour tous les jours fériés du régime général, un férié tombant sur un jour de repos hebdomadaire est perdu, sauf disposition plus favorable d'une convention collective ou d'un accord d'entreprise. C'est un point particulièrement sensible dans les prochaines années.
| Année | 26 décembre | Jour supplémentaire effectif ? | Vendredi Saint |
|---|---|---|---|
| 2026 | samedi | Non (week-end) | 3 avril |
| 2027 | dimanche | Non (week-end) | 26 mars |
| 2028 | mardi | Oui | 14 avril |
| 2029 | mercredi | Oui | 30 mars |
| 2030 | jeudi | Oui | 19 avril |
| 2031 | vendredi | Oui | 11 avril |
Pour un salarié travaillant du lundi au vendredi, les millésimes 2026 et 2027 sont donc défavorables : le second jour de Noël tombe respectivement un samedi et un dimanche, et n'apporte aucun repos supplémentaire. À partir de 2028, la séquence redevient favorable pendant quatre années consécutives.
Salarié muté en Alsace-Moselle : quelle règle s'applique ?
C'est la question la plus fréquente en gestion de mobilité interne, et la réponse est plus simple qu'il n'y paraît : le régime applicable suit le lieu de travail, pas la personne. Un salarié muté de Nantes à Metz bénéficie du droit local dès sa prise de poste, sans condition d'ancienneté locale ni avenant spécifique — c'est une disposition d'ordre public territorial, pas un avantage contractuel négocié.
La situation inverse est plus délicate. Un salarié quittant Strasbourg pour Bordeaux perd les deux jours fériés supplémentaires. Cette perte n'ouvre droit à aucune compensation légale, puisqu'il ne s'agit pas d'un élément du contrat de travail mais d'une règle attachée au territoire. En pratique, certaines entreprises l'intègrent néanmoins à leur package de mobilité, sous forme de jours de congé conventionnels, pour ne pas dégrader l'attractivité des postes situés hors du Grand Est.
Les salariés en télétravail intégral posent une question plus récente et moins tranchée : c'est le lieu de rattachement contractuel qui fait foi, et il est vivement recommandé de le mentionner explicitement dans l'avenant de télétravail pour éviter toute ambiguïté sur les jours fériés applicables.
Comparaison avec le Vendredi Saint : deux régimes différents
Le 26 décembre et le Vendredi Saint sont systématiquement cités ensemble comme « les deux jours fériés supplémentaires de l'Alsace-Moselle ». C'est exact sur le principe, mais trompeur sur les modalités : ces deux jours n'ont pas du tout la même portée.
Le second jour de Noël est chômé dans les trois départements, partout et sans condition. Le Vendredi Saint, lui, est chômé — selon la formulation de l'article L3134-13 — « dans les communes ayant un temple protestant ou une église mixte ». Il s'agit donc d'un férié conditionnel, dont l'application dépend de la présence d'un lieu de culte protestant sur le territoire de la commune, héritage direct du régime concordataire.
Concrètement, une entreprise implantée dans une commune sans temple protestant ni église mixte n'est pas tenue de chômer le Vendredi Saint, alors qu'elle doit impérativement chômer le 26 décembre. Beaucoup d'employeurs choisissent malgré tout d'harmoniser la pratique sur l'ensemble de leurs sites régionaux, par simplicité de gestion et par usage — un usage qui, répété et constant, peut d'ailleurs devenir opposable.
Ce qu'il faut retenir
Le 26 décembre n'est férié qu'en Alsace-Moselle, où il est même chômé de plein droit, comme les douze autres jours listés à l'article L3134-13 du Code du travail. Trois départements sont concernés — Bas-Rhin, Haut-Rhin et Moselle — et le critère d'application est le lieu de travail du salarié. Cette règle est un héritage direct de la période 1871-1918, maintenu délibérément après le retour à la France et jamais abrogé depuis.
Pour les employeurs, la vigilance porte sur trois points : le périmètre géographique exact, l'interdiction de principe du travail ces jours-là, et la distinction entre le 26 décembre (inconditionnel) et le Vendredi Saint (conditionné à la présence d'un temple protestant ou d'une église mixte). Pour les salariés, retenez que 2026 et 2027 sont deux millésimes défavorables, le second jour de Noël tombant un week-end. Pour la vue d'ensemble des fêtes de fin d'année, consultez notre page dédiée à Noël en France.
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FAQ — Le 26 décembre en France
Le 26 décembre est-il férié dans toute la France ?
Non. Le 26 décembre n'est férié que dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle, au titre du droit local alsacien-mosellan. Dans le reste de la France métropolitaine et dans les départements et régions d'outre-mer, c'est un jour ouvré normal.
Combien de jours fériés compte l'Alsace-Moselle ?
Treize, contre onze dans le régime général : les onze fêtes légales nationales, auxquelles s'ajoutent le Vendredi Saint (sous condition communale) et le second jour de Noël, soit le 26 décembre.
Mon employeur peut-il me faire travailler le 26 décembre en Alsace ?
En principe non, car l'article L3134-13 qualifie ce jour de chômé. Seules les activités qui ne peuvent être interrompues — santé, sécurité, transports, hôtellerie-restauration, industries à feu continu — peuvent y déroger, dans les conditions prévues pour le travail des jours fériés dans ces secteurs.
Le 26 décembre est-il récupéré s'il tombe un samedi ?
Pas au titre de la loi. Comme pour l'ensemble des jours fériés, aucune récupération n'est légalement due lorsque le jour coïncide avec un jour de repos hebdomadaire. Seule une convention collective, un accord d'entreprise ou un usage plus favorable peut prévoir une compensation. En 2026, le 26 décembre tombe un samedi.
Je suis muté à Strasbourg : ai-je droit au 26 décembre dès mon arrivée ?
Oui. Le droit local s'applique en fonction du lieu d'exécution du contrat de travail, sans condition d'ancienneté dans la région ni avenant particulier. Dès que votre poste est rattaché à l'un des trois départements concernés, vous bénéficiez des treize jours fériés.
Le Vendredi Saint et le 26 décembre obéissent-ils aux mêmes règles ?
Non. Le 26 décembre est chômé dans les trois départements sans condition. Le Vendredi Saint n'est chômé que dans les communes disposant d'un temple protestant ou d'une église mixte. En 2026, le Vendredi Saint tombe le 3 avril.
Le droit local peut-il être supprimé ?
Seul le législateur pourrait unifier le régime. Aucune réforme en ce sens n'est engagée, et le maintien du droit local alsacien-mosellan est reconnu par la jurisprudence constitutionnelle tant qu'aucune loi d'unification n'intervient.
Article vérifié le 18 août 2026.
Sources : Article L3134-13 du Code du travail (Légifrance) ; Chapitre IV — Dispositions particulières aux départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin (Légifrance) ; Service-public.fr — Jours fériés dans le secteur privé ; Sénat — Question écrite sur les jours fériés d'Alsace-Moselle dans la fonction publique territoriale.