Chaque année, la même question revient à l'approche du mois de mai : le lundi de Pentecôte est-il férié ou faut-il aller travailler ? La confusion est compréhensible. Pendant longtemps, ce jour a été automatiquement associé à la fameuse « journée de solidarité », au point que beaucoup de salariés pensent encore qu'ils doivent obligatoirement travailler le lundi de Pentecôte. La réalité est plus nuancée, et elle a changé depuis 2008.
En 2026, le lundi de Pentecôte tombe le 25 mai. Sur le plan juridique, il reste un jour férié légal à part entière. Ce qui varie d'une entreprise à l'autre, c'est l'organisation de la journée de solidarité : selon votre accord d'entreprise ou la décision de votre employeur, vous travaillerez peut-être ce lundi-là, ou un tout autre jour de l'année, ou pas du tout ce jour précis.
Cet article démêle l'ensemble du dispositif : le statut exact du lundi de Pentecôte, ce qu'a instauré la loi du 30 juin 2004, les trois modalités possibles de la journée de solidarité, comment savoir si vous êtes concerné, le cas de la fonction publique, le décompte des 7 heures pour les salariés du privé et les conséquences d'un travail imposé sans accord. Le tout repose sur les articles L3133-7 à L3133-12 du Code du travail et les informations officielles de service-public.fr. Article vérifié le 13 juin 2026.
Le lundi de Pentecôte reste un jour férié légal
Commençons par lever l'ambiguïté la plus répandue. Le lundi de Pentecôte figure bien dans la liste des onze jours fériés légaux fixée par l'article L3133-1 du Code du travail. Il n'a jamais été supprimé de cette liste, et la journée de solidarité ne l'en a pas retiré. Juridiquement, le lundi de Pentecôte est donc un jour férié comme l'Ascension ou le 14 juillet.
Comme la plupart des fériés français, ce n'est toutefois pas un jour obligatoirement chômé : seul le 1er mai bénéficie de ce statut pour l'ensemble des salariés. Pour le lundi de Pentecôte, le repos dépend de la convention collective, de l'accord d'entreprise ou de l'usage. C'est précisément cet espace de liberté qui a permis d'y rattacher, à partir de 2004, la journée de solidarité.
La journée de solidarité : ce que change la loi de 2004
La journée de solidarité a été créée par la loi du 30 juin 2004, dans le sillage de la canicule de l'été 2003. Son objectif : financer des actions en faveur de l'autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées. Le principe, codifié à l'article L3133-7 du Code du travail, est simple : les salariés effectuent une journée de travail supplémentaire non rémunérée (dans la limite de 7 heures pour un temps plein), et les employeurs versent en contrepartie une contribution solidarité autonomie (CSA) de 0,30 % de leur masse salariale.
À l'origine, en l'absence d'accord, cette journée était fixée par défaut au lundi de Pentecôte — d'où l'association tenace dans les esprits. Mais la loi du 16 avril 2008 a supprimé ce rattachement automatique. Depuis, plus aucun texte n'impose que la journée de solidarité tombe le lundi de Pentecôte : la date est libre, fixée par la négociation collective ou, à défaut, par l'employeur.
Trois modalités possibles fixées par l'employeur
Que la date résulte d'un accord ou d'une décision de l'employeur, l'article L3133-12 encadre les formes que peut prendre la journée de solidarité. Trois modalités sont admises :
| Modalité | En quoi consiste-t-elle ? | Le lundi de Pentecôte est-il travaillé ? |
|---|---|---|
| Travail d'un jour férié chômé | Travailler un jour férié auparavant chômé, autre que le 1er mai (souvent le lundi de Pentecôte) | Oui, si c'est ce jour qui est retenu |
| Suppression d'un jour de repos | Travailler un jour de repos accordé au titre de l'aménagement du temps de travail (ex-RTT) | Non — le férié reste chômé |
| Autre modalité de 7 heures | Répartir les 7 heures sur l'année (quelques minutes par jour, une heure par mois, etc.) | Non — le férié reste chômé |
| Cas du forfait jours | Une journée de travail supplémentaire dans l'année pour les cadres au forfait | Variable selon l'accord |
Autrement dit, le lundi de Pentecôte n'est travaillé que si l'employeur a explicitement choisi la première modalité et retenu ce jour précis. Beaucoup d'entreprises préfèrent aujourd'hui supprimer un jour de RTT ou lisser les 7 heures sur l'année, ce qui laisse le lundi de Pentecôte chômé pour tout le monde.
Comment savoir si VOUS travaillez le lundi de Pentecôte
La réponse dépend entièrement de votre entreprise. Voici la marche à suivre pour lever le doute sans vous tromper. D'abord, vérifiez s'il existe un accord d'entreprise ou d'établissement : c'est lui qui prime. À défaut, regardez l'accord de branche attaché à votre convention collective. Et en l'absence de tout accord, c'est la décision unilatérale de l'employeur, prise après consultation du CSE, qui s'applique.
Concrètement, trois cas de figure se présentent. Si votre employeur a fixé la journée de solidarité au lundi de Pentecôte, vous travaillez ce jour-là (sans rémunération supplémentaire dans la limite de 7 heures). S'il a choisi un jour de RTT ou une autre modalité, le lundi de Pentecôte reste chômé et vous ne travaillez pas. Enfin, si aucune modalité n'a été communiquée, interrogez votre service des ressources humaines : l'employeur a l'obligation d'informer les salariés.
Pentecôte et fonction publique
La journée de solidarité s'applique également dans les trois versants de la fonction publique (État, territoriale, hospitalière). Là aussi, la date n'est pas figée au lundi de Pentecôte : elle est déterminée par la collectivité ou l'administration employeuse, après avis des instances représentatives du personnel.
Ainsi, un agent territorial peut très bien voir sa journée de solidarité fixée à une date totalement différente de celle d'un agent hospitalier de la même ville. Pour les agents publics, la journée de solidarité prend le plus souvent la forme d'un jour de RTT en moins ou d'une journée habituellement non travaillée rendue travaillée. Le principe reste identique au privé : 7 heures de travail supplémentaires non rémunérées sur l'année.
Salariés du privé : décompte et 7 heures de travail
Pour un salarié à temps plein, la journée de solidarité représente 7 heures de travail, qu'il accomplit sans rémunération supplémentaire. Au-delà de ces 7 heures, le temps travaillé redevient rémunéré dans les conditions habituelles. Ces 7 heures ne sont pas considérées comme des heures supplémentaires et n'ouvrent donc pas droit à majoration ni à repos compensateur, dans la limite fixée par la loi.
Pour un salarié à temps partiel, la durée est proratisée en fonction de son temps de travail contractuel. Un salarié à mi-temps effectuera par exemple 3 h 30 au titre de la journée de solidarité, et non 7 heures. De même, un salarié qui change d'employeur en cours d'année et qui a déjà accompli sa journée de solidarité n'a pas à l'accomplir une seconde fois ; s'il le fait, ces heures sont rémunérées et s'imputent sur le contingent d'heures supplémentaires.
Le traitement en paie de cette journée — neutralisation de la majoration de férié dans la limite des 7 heures, articulation avec les RTT, cas du temps partiel — peut vite devenir complexe. Des solutions de paie comme PayFit intègrent les règles de la journée de solidarité et automatisent le décompte, ce qui limite les erreurs de bulletin.
Travailler la Pentecôte sans accord : conséquences
Un employeur peut-il imposer le travail du lundi de Pentecôte sans rien formaliser ? Non. La fixation de la journée de solidarité suppose soit un accord collectif, soit une décision unilatérale prise après consultation du CSE. À défaut de ce cadre, l'employeur ne peut pas exiger valablement que les salariés travaillent un jour férié habituellement chômé.
Si un salarié refuse d'accomplir la journée de solidarité régulièrement fixée, ce refus peut, selon la jurisprudence, constituer une absence non autorisée justifiant une retenue sur salaire — mais il ne s'agit pas d'une faute ouvrant droit à sanction disciplinaire automatique. À l'inverse, un employeur qui imposerait le travail sans respecter la procédure s'expose à devoir rémunérer la journée comme du travail ordinaire. En cas de doute, la consultation de l'inspection du travail ou d'un conseil juridique reste la voie la plus sûre.
En résumé
Le lundi de Pentecôte 2026 (25 mai) est bien un jour férié légal. Vous ne le travaillez que si votre employeur a choisi d'y placer la journée de solidarité instaurée en 2004. Depuis la loi de 2008, ce rattachement n'a plus rien d'automatique : la date et la forme sont fixées par accord d'entreprise ou de branche, ou à défaut par l'employeur après consultation du CSE. La journée représente 7 heures non rémunérées pour un temps plein, proratisées au prorata du temps partiel, et l'employeur verse en contrepartie la contribution solidarité autonomie de 0,30 %. Pour connaître votre situation précise, le seul juge de paix reste votre accord d'entreprise et votre bulletin de salaire.
FAQ
Le lundi de Pentecôte est-il toujours férié en 2026 ?
Oui. Le lundi de Pentecôte, le 25 mai 2026, demeure l'un des onze jours fériés légaux prévus par l'article L3133-1 du Code du travail. La journée de solidarité ne l'a jamais retiré de la liste. Il n'est simplement pas obligatoirement chômé : qu'il soit travaillé ou non dépend de l'organisation de chaque entreprise.
Suis-je obligé de travailler le lundi de Pentecôte ?
Seulement si votre employeur a fixé la journée de solidarité ce jour-là. Depuis la loi du 16 avril 2008, le lundi de Pentecôte n'est plus la date par défaut. Beaucoup d'entreprises choisissent plutôt de supprimer un jour de RTT ou de répartir les 7 heures sur l'année, laissant alors le lundi de Pentecôte chômé.
La journée de solidarité est-elle payée ?
Non, pas en supplément. Pour un temps plein, les 7 heures de la journée de solidarité sont travaillées sans rémunération additionnelle, dans la limite légale. Au-delà de 7 heures, le temps travaillé est rémunéré normalement. Ces heures ne sont pas comptées comme des heures supplémentaires dans cette limite.
Comment la journée de solidarité s'applique-t-elle à temps partiel ?
La durée est proratisée selon le temps de travail contractuel. Un salarié à mi-temps accomplit 3 h 30 au lieu de 7 heures, un salarié à 80 % environ 5 h 36, et ainsi de suite. Le principe et la neutralisation de la majoration de férié s'appliquent de la même façon, au prorata.
La fonction publique est-elle concernée par la journée de solidarité ?
Oui, dans les trois versants (État, territoriale, hospitalière). La date est fixée par la collectivité ou l'administration employeuse après avis des instances représentatives, et n'est pas nécessairement le lundi de Pentecôte. Le volume reste de 7 heures supplémentaires non rémunérées sur l'année.
Mon employeur peut-il m'imposer la Pentecôte sans accord ni consultation ?
Non. La journée de solidarité doit résulter d'un accord collectif ou, à défaut, d'une décision unilatérale de l'employeur prise après consultation du CSE. Sans ce cadre, l'employeur ne peut pas exiger valablement le travail d'un jour férié habituellement chômé ; les heures imposées hors procédure doivent être rémunérées comme du travail ordinaire.
Article vérifié le 13 juin 2026 par la rédaction de joursferies.fr.
Sources : articles L3133-7 à L3133-12 du Code du travail — journée de solidarité (Légifrance), loi n° 2004-626 du 30 juin 2004 relative à la solidarité pour l'autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées, loi n° 2008-351 du 16 avril 2008 relative à la journée de solidarité, service-public.fr — journée de solidarité.