Le lundi de Pâques est-il un jour férié obligatoire pour l'employeur ?

Le lundi de Pâques est-il un jour férié obligatoire pour l'employeur ?
26/07/2026

Chaque printemps, la même interrogation revient dans les services RH comme dans les salles de pause : l'employeur a-t-il le droit de faire travailler ses salariés le lundi de Pâques ? Le jour figure bien dans la liste officielle des fêtes légales, il apparaît en rouge sur tous les calendriers, et l'immense majorité des entreprises ferment leurs portes. De là à en conclure qu'il s'agit d'un repos garanti par la loi, il n'y a qu'un pas — que le Code du travail, lui, ne franchit pas.

La réponse juridique est en effet contre-intuitive : le lundi de Pâques est un jour férié légal, mais il n'est pas obligatoirement chômé. Autrement dit, sauf disposition contraire, votre employeur peut parfaitement vous demander de venir travailler ce jour-là, sans avoir à justifier d'une urgence particulière et sans devoir vous verser la moindre majoration au titre du Code du travail. Un seul jour férié échappe à cette logique en France : le 1er mai.

Reste que la loi n'est que le socle minimal. Les conventions collectives, les accords d'entreprise et le droit local d'Alsace-Moselle viennent souvent renverser complètement la règle par défaut — au point que, dans de nombreuses branches, le repos du lundi de Pâques est bel et bien obligatoire. Cet article fait le point complet sur le statut du lundi de Pâques 2026, les majorations réellement applicables et les cas particuliers à connaître. Article vérifié le 27 juillet 2026.

Bureau d'entreprise vide un jour de printemps, avec un calendrier posé sur la table et une chaise inoccupée
Le lundi de Pâques figure dans la liste des jours fériés légaux, mais son chômage n'est pas imposé par le Code du travail : tout dépend de l'accord d'entreprise ou de la convention collective applicable.

Le lundi de Pâques : férié légal mais non obligatoirement chômé

L'article L3133-1 du Code du travail énumère les onze fêtes légales reconnues en France : le 1er janvier, le lundi de Pâques, le 1er mai, le 8 mai, l'Ascension, le lundi de Pentecôte, le 14 juillet, l'Assomption, la Toussaint, le 11 novembre et le jour de Noël. Le lundi de Pâques y figure sans ambiguïté : c'est bien un jour férié au sens de la loi.

Mais « férié » et « chômé » sont deux notions distinctes, et c'est là que tout se joue. Depuis la réforme issue de la loi Travail de 2016, ce sont les articles L3133-3-1 et L3133-3-2 qui organisent la matière selon une hiérarchie précise :

  • un accord d'entreprise ou d'établissement détermine en priorité les jours fériés chômés ;
  • à défaut, c'est la convention ou l'accord de branche qui s'applique ;
  • en l'absence de tout accord, l'employeur fixe lui-même les jours fériés chômés dans l'entreprise.

Concrètement, si aucun texte conventionnel ne couvre votre situation, la décision revient à l'employeur seul. Il peut décider que le lundi de Pâques sera travaillé — et un refus du salarié pourrait alors être analysé comme une absence injustifiée. En pratique, cette hypothèse reste minoritaire : la très grande majorité des branches ont conventionnellement verrouillé le repos.

Une protection demeure quoi qu'il arrive : lorsque le jour férié est chômé, l'article L3133-3 interdit toute perte de salaire pour les salariés totalisant au moins trois mois d'ancienneté dans l'entreprise. Et l'article L3133-2 ajoute que les heures perdues du fait de ce chômage ne peuvent pas être récupérées : impossible pour l'employeur d'exiger un rattrapage le samedi suivant.

La différence entre le 1er mai et les autres jours fériés

Le 1er mai occupe une place à part dans le droit français, et la confusion entre son régime et celui des dix autres fériés explique une bonne part des malentendus autour du lundi de Pâques.

La Fête du Travail est le seul jour férié obligatoirement chômé et payé pour l'ensemble des salariés, quels que soient leur ancienneté, leur secteur ou leur convention collective. Seuls les établissements qui, « en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail » — hôpitaux, transports, hôtellerie-restauration, industries à feu continu — sont autorisés à y déroger. Et lorsque le travail a lieu ce jour-là, le salarié perçoit, en plus de son salaire, une indemnité égale au montant de ce salaire : c'est le fameux doublement de rémunération, prévu par l'article L3133-6.

Rien de tel pour le lundi de Pâques. Le tableau ci-dessous résume l'écart de traitement entre les deux régimes.

Critère1er maiLundi de Pâques (et autres fériés)
Chômage obligatoireOui, pour tous les salariésNon : fixé par accord ou par l'employeur
Base légaleArticles L3133-4 à L3133-6Articles L3133-1, L3133-3-1 et L3133-3-2
Majoration légale si travaillé+100 % (indemnité égale au salaire)Aucune majoration prévue par la loi
Dérogations possiblesUniquement activités ne pouvant s'interrompreLibres, sauf verrou conventionnel
Condition d'anciennetéAucune3 mois pour le maintien de salaire (L3133-3)
Récupération des heuresInterdite (L3133-2)Interdite (L3133-2)
💡 Info : Le lundi de Pâques 2026 tombe le lundi 6 avril 2026. Il s'agit d'un jour férié mobile, calé sur le dimanche de Pâques dont la date suit le comput ecclésiastique : en 2027, il tombera le 29 mars, et en 2028 le 17 avril. Comme le lundi de Pentecôte, il tombe toujours un lundi ; l'Ascension, autre férié mobile, tombe quant à elle systématiquement un jeudi.

Cas Alsace-Moselle : le chômage devient obligatoire

Le raisonnement change radicalement dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle. Ces trois territoires conservent un droit local du travail, hérité de la période allemande et maintenu par la loi du 1er juin 1924, codifié aux articles L3134-1 et suivants du Code du travail.

Ce droit local présente deux particularités. D'abord, il ajoute deux jours fériés supplémentaires à la liste nationale — le Vendredi saint et la Saint-Étienne, le 26 décembre — sur le fondement de l'article L3134-13, ce qui porte le total à treize jours fériés au lieu de onze. Précision importante : le texte ne rend le Vendredi saint férié que dans les communes disposant d'un temple protestant ou d'une église mixte, la Saint-Étienne s'appliquant en revanche à l'ensemble des trois départements. Ensuite et surtout, il pose un principe d'interdiction d'employer des salariés les dimanches et jours fériés, là où le droit général se contente d'une simple faculté laissée à la négociation.

Conséquence directe : en Alsace-Moselle, le repos du lundi de Pâques n'est pas une faveur conventionnelle mais une obligation de principe, opposable à l'employeur. Des exceptions sectorielles subsistent — soins continus, industries à feu continu, transports, activités de sécurité — mais elles restent strictement encadrées.

⚠️ Attention : Le droit local ne concerne que les départements du Bas-Rhin (67), du Haut-Rhin (68) et de la Moselle (57). La Meurthe-et-Moselle (54), la Meuse (55) et les Vosges (88) relèvent du régime général, malgré la proximité géographique et la confusion fréquente due au nom « Moselle ». Le critère retenu est le lieu de travail effectif, et non le siège social de l'entreprise ni le domicile du salarié.

Conventions collectives qui imposent le repos

Hors Alsace-Moselle, c'est très majoritairement la convention collective qui décide. Beaucoup de branches ont retenu une formule simple : tous les jours fériés légaux sont chômés et payés. Dans ces secteurs, l'employeur ne peut donc pas imposer le travail du lundi de Pâques, même s'il en aurait théoriquement le droit au regard du seul Code du travail.

Syntec (bureaux d'études, conseil, numérique — IDCC 1486)

La branche Syntec pose le principe que les jours fériés sont non travaillés et payés, ce qui couvre le lundi de Pâques. Lorsque le travail un jour férié intervient de façon exceptionnelle, la majoration atteint 100 % ; lorsqu'il devient habituel, elle est ramenée à 25 %, le caractère habituel s'appréciant par année civile. Ce second taux vise principalement les ETAM et s'accompagne de conditions particulières : la lecture du texte applicable à votre catégorie reste indispensable.

Métallurgie (IDCC 3248)

La convention collective nationale de la métallurgie du 7 février 2022, pleinement applicable depuis le 1er janvier 2024, a unifié plus de soixante-dix textes territoriaux. Contrairement à une idée reçue, elle ne rend pas les jours fériés systématiquement chômés pour toute la branche : elle prévoit en revanche que les heures exceptionnellement travaillées un jour férié ouvrent droit à une majoration du salaire réel de 50 %. Le chômage effectif du lundi de Pâques dépend donc, dans la métallurgie aussi, de l'accord d'entreprise ou d'établissement.

Bâtiment et travaux publics

Dans le BTP, les conventions collectives ouvriers organisent de longue date l'indemnisation des jours fériés chômés, avec une gestion partiellement mutualisée via les caisses de congés payés du secteur. Le lundi de Pâques y est donc chômé dans la quasi-totalité des entreprises, sous réserve des chantiers soumis à des contraintes techniques particulières.

Hôtellerie-restauration (HCR)

À l'opposé, la branche HCR fait partie des secteurs où le travail les jours fériés est structurel. La convention y a construit un mécanisme original : à partir d'un an d'ancienneté, le salarié bénéficie de dix jours fériés, dont six « garantis », en plus du 1er mai. Un jour férié garanti travaillé est compensé en repos ou indemnisé, tandis que le 1er mai travaillé reste payé double. C'est l'illustration parfaite du principe : quand la branche accepte le travail férié, elle en négocie la contrepartie.

✅ Bon à savoir : Pour connaître votre situation en trois minutes, repérez le numéro IDCC figurant sur votre bulletin de paie, puis recherchez la rubrique « jours fériés » du texte correspondant. Vérifiez ensuite l'existence d'un accord d'entreprise : sur les jours fériés chômés, il prime sur la branche depuis la loi du 8 août 2016, y compris lorsqu'il est moins favorable sur ce point précis.

Travailler un lundi de Pâques : quelle majoration ?

C'est la question la plus fréquente, et la réponse légale tient en une phrase : le Code du travail ne prévoit aucune majoration de salaire pour le travail d'un jour férié ordinaire. En l'absence de disposition conventionnelle, le salarié qui travaille le lundi de Pâques est simplement payé pour les heures effectuées, au taux normal, comme n'importe quel autre lundi.

Toute majoration a donc une origine conventionnelle ou contractuelle : convention de branche, accord d'entreprise, usage d'entreprise établi, ou engagement unilatéral de l'employeur. Les taux les plus couramment rencontrés vont de 25 % à 100 %, parfois assortis d'un repos compensateur équivalent plutôt que d'une compensation financière.

Deux précisions utiles. D'une part, si le lundi de Pâques est chômé dans l'entreprise, il ne peut pas être décompté de vos congés payés : un jour férié chômé tombant pendant une période de congés n'est pas imputé sur le solde. D'autre part, l'usage d'entreprise mérite attention : si votre employeur a majoré le férié travaillé de façon constante, générale et fixe pendant plusieurs années, il ne peut pas y mettre fin du jour au lendemain sans respecter une procédure de dénonciation.

Le lundi de Pâques ne tombe jamais un dimanche : ce que cela change

Contrairement aux fériés à date fixe comme le 14 juillet ou le 15 août, le lundi de Pâques ne peut, par construction, jamais coïncider avec un dimanche : il tombe toujours le lendemain du dimanche de Pâques, donc toujours un lundi. La question classique de la récupération d'un férié dominical ne se pose donc pas ici.

En revanche, un cas voisin concerne beaucoup de monde : celui des salariés à temps partiel ou en horaires aménagés qui ne travaillent habituellement pas le lundi. Pour eux, le lundi de Pâques tombe sur un jour de repos habituel : ils ne subissent aucune perte de salaire, mais ne peuvent réclamer ni jour de remplacement, ni indemnité compensatrice. C'est la stricte application de la logique retenue pour tout jour férié tombant un jour non travaillé, sauf clause conventionnelle plus favorable — certaines branches prévoyant, elles, un jour de repos supplémentaire proratisé.

⚠️ Attention : Les salariés de moins de 18 ans bénéficient d'une protection renforcée : l'article L3164-6 du Code du travail interdit de les employer les jours de fête reconnus par la loi. Des dérogations sectorielles existent — hôtellerie, restauration, traiteurs, cafés et débits de boisson, boulangerie, pâtisserie, boucherie, charcuterie, fromagerie, poissonnerie, magasins de fleurs et jardineries, spectacles — fixées par l'article R3164-2, mais le principe reste l'interdiction pour les apprentis et jeunes travailleurs mineurs.

Ce qu'il faut retenir

Le lundi de Pâques illustre parfaitement l'architecture du droit français des jours fériés : une loi minimaliste, qui se contente de reconnaître le caractère férié et d'interdire toute perte de salaire, et une négociation collective qui construit l'essentiel de la protection réelle. Le réflexe utile n'est donc pas de chercher la réponse dans le Code du travail, mais dans sa convention collective et son accord d'entreprise — dans cet ordre inversé, l'accord d'entreprise primant.

Pour un employeur, la prudence commande de vérifier ces textes avant toute planification, et de formaliser par écrit sa décision lorsqu'aucun accord ne couvre le sujet. Pour un salarié, connaître son IDCC est la clé qui ouvre toutes les autres réponses. Vous pouvez également consulter notre panorama des jours fériés obligatoirement chômés en France pour situer le lundi de Pâques parmi les autres fêtes légales.

FAQ : lundi de Pâques et obligations de l'employeur

Mon employeur peut-il m'obliger à travailler le lundi de Pâques ?

Oui, en principe. Le lundi de Pâques est un jour férié légal mais non obligatoirement chômé : en l'absence d'accord d'entreprise ou de convention collective imposant le repos, l'employeur peut décider de faire travailler ses salariés. La réponse s'inverse en Alsace-Moselle et dans la plupart des branches ayant conventionnellement verrouillé le chômage des fériés.

Ai-je droit à une majoration si je travaille le lundi de Pâques ?

Pas au titre de la loi. Le Code du travail ne prévoit de majoration que pour le 1er mai. Toute autre majoration — fréquemment entre 25 % et 100 % — résulte d'une convention collective, d'un accord d'entreprise, d'un usage ou du contrat de travail.

Puis-je refuser de travailler le lundi de Pâques ?

Si aucun texte n'impose le chômage de ce jour dans votre entreprise, un refus expose à une sanction pour absence injustifiée. En revanche, si la convention collective ou l'accord d'entreprise prévoit le repos, la demande de l'employeur est irrégulière et le refus légitime. Les salariés mineurs bénéficient, eux, d'une interdiction légale de principe.

Le lundi de Pâques est-il chômé en Alsace-Moselle ?

Oui. Le droit local applicable au Bas-Rhin, au Haut-Rhin et à la Moselle interdit en principe d'employer des salariés les dimanches et jours fériés, sous réserve d'exceptions sectorielles limitées. Ces trois départements comptent par ailleurs deux fériés supplémentaires : la Saint-Étienne le 26 décembre, et le Vendredi saint dans les communes dotées d’un temple protestant ou d’une église mixte.

Le lundi de Pâques est-il payé si je ne travaille pas ?

Oui, dès lors qu'il est chômé dans l'entreprise et que vous justifiez d'au moins trois mois d'ancienneté : l'article L3133-3 du Code du travail interdit toute perte de salaire. Les heures ainsi perdues ne peuvent pas non plus être récupérées ultérieurement.

Quelle est la date du lundi de Pâques en 2026 et 2027 ?

Le lundi de Pâques 2026 tombe le lundi 6 avril 2026. En 2027, il tombera le lundi 29 mars, et en 2028 le lundi 17 avril. Cette date est mobile car elle dépend du dimanche de Pâques, calculé selon le comput ecclésiastique.

Un jour férié chômé peut-il être décompté de mes congés payés ?

Non. Un jour férié chômé qui tombe pendant une période de congés payés n'est pas imputé sur le solde de congés du salarié. Cette règle constitue l'une des conséquences pratiques les plus concrètes du caractère chômé d'un jour férié.

Simplifier la gestion des jours fériés en paie

Le traitement des jours fériés — chômés, travaillés, majorés, proratisés pour les temps partiels — reste l'une des principales sources d'erreurs sur les bulletins de paie. Les solutions de paie et de gestion RH automatisent le paramétrage conventionnel et l'application des majorations propres à chaque IDCC.

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Article vérifié le 27 juillet 2026.

Sources : Code du travail, articles L3133-1 à L3133-12 (chapitre Jours fériés) ; article L3133-3-1 ; article L3133-3-2 ; article L3134-13 (droit local Alsace-Moselle) ; article L3164-6 (jeunes travailleurs) ; convention collective nationale de la métallurgie du 7 février 2022 (IDCC 3248) ; convention collective nationale des hôtels, cafés, restaurants (IDCC 1979) ; convention collective Syntec (IDCC 1486) ; service-public.fr — Jours fériés dans le secteur privé ; ministère du Travail — Les jours fériés et les ponts.

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