Chaque printemps, la même question revient dans les services RH et sur les moteurs de recherche : le Vendredi Saint est-il férié en France ? La réponse tient en une phrase, mais elle surprend encore beaucoup de monde. Non, le Vendredi Saint n'est pas un jour férié en France métropolitaine. Il ne figure pas dans la liste des onze fêtes légales du Code du travail, et un employeur peut donc parfaitement faire travailler ses salariés ce jour-là, sans majoration ni contrepartie.
Il existe pourtant une exception, et c'est elle qui entretient la confusion : dans les trois départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle, le Vendredi Saint est bien un jour férié. Mais pas partout, ni pour tout le monde. Le droit local alsacien-mosellan pose une condition géographique précise, héritée du XIXe siècle : le jour n'est chômé que dans les communes disposant d'un temple protestant ou d'une église mixte. Deux salariés du même département, à quinze kilomètres l'un de l'autre, peuvent donc avoir un statut différent le même jour.
Que dit exactement le texte ? Comment savoir si sa commune est concernée ? Que se passe-t-il pour un salarié alsacien détaché à Paris, ou l'inverse ? Et pourquoi la France est-elle l'un des rares pays d'Europe de l'Ouest à ne pas chômer ce jour ? Cet article fait le point, texte à l'appui. Article vérifié le 29 juillet 2026.
Le Vendredi Saint n'est pas férié en France métropolitaine
La liste des jours fériés français est fermée. L'article L3133-1 du Code du travail énumère limitativement onze fêtes légales : le 1er janvier, le lundi de Pâques, le 1er mai, le 8 mai, l'Ascension, le lundi de Pentecôte, le 14 juillet, l'Assomption, la Toussaint, le 11 novembre et le 25 décembre. Le Vendredi Saint n'y figure pas.
La conséquence est nette : en 2026, le Vendredi Saint tombe le vendredi 3 avril, et c'est un jour ouvré ordinaire pour l'immense majorité des salariés français. Le premier jour chômé du cycle pascal est le lundi de Pâques, le 6 avril 2026.
Aucune obligation, mais des pratiques d'entreprise
Rien n'interdit à une entreprise d'accorder le Vendredi Saint. Une convention collective, un accord d'entreprise ou un usage établi peuvent prévoir un jour de repos supplémentaire à cette date. Ce n'est alors pas un jour férié au sens légal, mais un congé conventionnel — la nuance a des effets concrets sur la rémunération et sur le décompte des congés payés.
L'exception Alsace-Moselle : férié, mais sous condition
Les trois départements du Bas-Rhin (67), du Haut-Rhin (68) et de la Moselle (57) appliquent un droit local particulier. Annexés à l'Empire allemand entre 1871 et 1918, ils ont conservé après leur retour à la France un ensemble de règles maintenues par la loi du 1er juin 1924, dont un régime de jours fériés élargi.
Ce régime, codifié aujourd'hui à l'article L3134-13 du Code du travail, ajoute deux jours à la liste nationale :
- le Vendredi Saint, dans les communes ayant un temple protestant ou une église mixte ;
- le 26 décembre (Saint-Étienne, ou « 2e jour de Noël »), sans condition géographique.
Le calendrier officiel alsacien-mosellan compte donc treize fêtes légales en 2026, contre onze dans le reste de la métropole. Notre page dédiée détaille l'ensemble du régime des jours fériés en Alsace-Moselle.
Pourquoi la condition du temple protestant ?
Cette condition, incompréhensible au premier abord, s'explique par l'histoire confessionnelle de la région. Le Vendredi Saint occupe dans le protestantisme luthérien et réformé une place centrale — bien plus que dans le catholicisme, où le sommet liturgique est le dimanche de Pâques. Le droit allemand appliqué en Alsace-Lorraine annexée a donc reconnu ce jour comme chômé là où existait une communauté protestante organisée, matérialisée par un lieu de culte.
Deux configurations ouvrent le droit :
- le temple protestant : un édifice affecté au culte luthérien ou réformé ;
- l'église mixte (ou simultaneum) : un édifice unique partagé entre les cultes catholique et protestant, selon des horaires alternés. Cette particularité, née des rapports de force confessionnels des XVIIe et XVIIIe siècles, subsiste dans plusieurs dizaines de communes alsaciennes.
En pratique, la condition est largement remplie dans le Bas-Rhin et dans une bonne partie du Haut-Rhin, historiquement marqués par la Réforme. Elle l'est nettement moins en Moselle, département majoritairement catholique où de nombreuses communes rurales n'ont jamais eu de temple.
Quel est le régime de rémunération ?
Lorsque le Vendredi Saint est chômé en application du droit local, il suit le régime général des jours fériés chômés : le chômage ne peut entraîner aucune perte de salaire pour le salarié totalisant au moins trois mois d'ancienneté dans l'entreprise. Un salarié qui travaille néanmoins ce jour-là — dans un secteur à activité continue, par exemple — ne bénéficie d'aucune majoration légale : seul le 1er mai ouvre droit au doublement de la rémunération. Toute majoration proviendrait d'une convention collective ou d'un accord d'entreprise.
Les pays européens où le Vendredi Saint est férié
Vue d'Europe, la France fait figure d'exception. Le Vendredi Saint est chômé dans la plupart des pays de tradition protestante ou anglicane, et dans plusieurs pays catholiques.
| Pays | Vendredi Saint férié | Portée |
|---|---|---|
| Allemagne | Oui | Ensemble du territoire fédéral |
| Royaume-Uni | Oui | Angleterre, pays de Galles, Écosse, Irlande du Nord |
| Espagne | Oui | Ensemble du territoire |
| Belgique | Non | Jour ouvré (usages sectoriels possibles) |
| Suisse | Oui dans la majorité des cantons | Compétence cantonale |
| Italie | Non | Jour ouvré |
| Pays-Bas | Reconnu, rarement chômé | Dépend de la convention collective |
| France (métropole) | Non | Sauf Alsace-Moselle sous condition |
Cette carte explique une partie des frictions logistiques du week-end pascal : le 3 avril 2026, l'Allemagne, l'Espagne et le Royaume-Uni sont à l'arrêt pendant que la France travaille. Les entreprises exportatrices et les services logistiques transfrontaliers l'anticipent chaque année. Nous détaillons la comparaison franco-britannique dans notre article jours fériés France vs Royaume-Uni, et le panorama complet est disponible sur notre comparatif des jours fériés par pays.
Travailler le Vendredi Saint en France : ce que vous pouvez exiger
Hors Alsace-Moselle, la réponse est simple et sans nuance : le Vendredi Saint étant un jour ouvré ordinaire, un salarié ne peut refuser de travailler, ne perçoit aucune majoration, et ne peut invoquer aucun droit à récupération.
Trois précisions utiles :
- Poser un congé. Le seul moyen de ne pas travailler est de poser un jour de congé payé ou de RTT, soumis à l'accord de l'employeur dans les conditions habituelles.
- Absence pour motif religieux. Un salarié peut demander à s'absenter pour une fête religieuse. L'employeur n'est pas tenu d'accepter, mais un refus doit reposer sur des motifs objectifs liés au fonctionnement de l'entreprise. Une absence non autorisée reste une absence injustifiée.
- Heures supplémentaires. Les heures effectuées le Vendredi Saint entrent dans le décompte hebdomadaire ordinaire et déclenchent les majorations pour heures supplémentaires au-delà de 35 heures — comme n'importe quel autre vendredi.
Vendredi Saint et fonction publique
Les agents publics suivent la même logique. En métropole hors Alsace-Moselle, le Vendredi Saint est un jour travaillé normal : administrations d'État, collectivités territoriales, hôpitaux et établissements scolaires fonctionnent selon leur régime habituel.
Dans les trois départements du droit local, la situation des agents publics a longtemps fait débat, notamment dans la fonction publique territoriale, où l'articulation entre le droit local et le statut national a suscité des interrogations parlementaires. La pratique dominante est l'application du droit local aux agents affectés dans une commune remplissant la condition du temple protestant ou de l'église mixte — mais les modalités relèvent de l'organisation de chaque employeur public, et il est prudent de se reporter au règlement intérieur ou à la délibération applicable.
Un point ne prête en revanche à aucune discussion : la journée de solidarité ne peut être fixée ni au Vendredi Saint, ni les 25 et 26 décembre, pour l'ensemble des travailleurs d'Alsace-Moselle.
En résumé
Le Vendredi Saint n'est pas un jour férié en France métropolitaine : il ne figure pas parmi les onze fêtes légales du Code du travail, il n'ouvre droit à aucune majoration et un employeur peut librement faire travailler ce jour-là. L'unique exception se situe en Alsace-Moselle, où l'article L3134-13 le rend férié dans les seules communes disposant d'un temple protestant ou d'une église mixte — un critère géographique lié au lieu de travail, hérité du droit d'avant 1918 et maintenu par la loi du 1er juin 1924. Ailleurs en Europe, l'Allemagne, l'Espagne et le Royaume-Uni le chôment : la France est ici davantage l'exception que la règle.
Questions fréquentes
Le Vendredi Saint est-il férié en France ?
Non, pas en France métropolitaine. Il ne figure pas dans la liste des onze fêtes légales de l'article L3133-1 du Code du travail. Seule l'Alsace-Moselle le reconnaît comme jour férié, et uniquement dans les communes ayant un temple protestant ou une église mixte.
Quelle est la date du Vendredi Saint en 2026 ?
Le vendredi 3 avril 2026, soit deux jours avant le dimanche de Pâques (5 avril) et trois jours avant le lundi de Pâques (6 avril). En 2027, il tombera le vendredi 26 mars.
Comment savoir si ma commune d'Alsace-Moselle est concernée ?
Le critère est la présence d'un temple protestant ou d'une église mixte (simultaneum) dans la commune du lieu de travail. Aucune liste nationale officielle n'est publiée : la vérification se fait auprès de la mairie ou de la DREETS Grand Est. Le critère porte sur la commune, pas sur la religion du salarié.
Un salarié alsacien détaché à Paris garde-t-il son jour férié ?
Non. Le droit local s'applique en fonction du lieu d'exécution du travail, et non du siège de l'entreprise ou du domicile du salarié. Un salarié dont le lieu de travail effectif est situé hors des trois départements ne bénéficie pas du Vendredi Saint férié.
Ai-je droit à une majoration si je travaille le Vendredi Saint ?
Non, aucune majoration légale n'est prévue, ni en métropole où le jour est ouvré, ni en Alsace-Moselle où il est férié. Seul le 1er mai ouvre droit au doublement de la rémunération. Une majoration ne peut résulter que d'une convention collective, d'un accord d'entreprise ou du contrat de travail.
Combien de jours fériés compte l'Alsace-Moselle ?
Treize : les onze fêtes légales nationales, plus le Vendredi Saint (sous condition de temple protestant ou d'église mixte) et le 26 décembre, dit deuxième jour de Noël, ce dernier sans condition géographique.
La journée de solidarité peut-elle être fixée au Vendredi Saint ?
Non. En Alsace-Moselle, la journée de solidarité ne peut être accomplie ni le Vendredi Saint, ni les 25 et 26 décembre. Cette interdiction s'applique indépendamment de la présence d'un temple protestant dans la commune.
Les écoles sont-elles fermées le Vendredi Saint ?
Hors Alsace-Moselle, non : c'est un jour de classe ordinaire, sauf s'il tombe pendant les vacances de printemps de la zone concernée. Dans les trois départements du droit local, les établissements des communes concernées suivent le régime du jour férié.
Article vérifié le 29 juillet 2026.
Sources : Légifrance — Code du travail, article L3134-13 ; Légifrance — Code du travail, dispositions particulières à la Moselle, au Bas-Rhin et au Haut-Rhin (L3134-1 à L3134-16) ; Service-Public.fr — Jours fériés et ponts dans le secteur privé, tableau Alsace-Moselle 2026 (vérifié le 1er janvier 2026) ; Légifrance — Code du travail, articles L3133-1 à L3133-3 ; Sénat — Question écrite sur les jours fériés d'Alsace-Moselle dans la fonction publique territoriale ; Bank Holidays UK — Good Friday au Royaume-Uni.