Un salarié parisien qui prend le train pour Londres change de pays, de monnaie — et de calendrier social. En France, onze fêtes légales rythment l'année ; de l'autre côté de la Manche, un salarié anglais n'en compte que huit. Trois jours d'écart, c'est presque une semaine de travail supplémentaire sur une carrière de vingt ans.
Cet écart n'est ni un accident ni une négligence. Il est le produit de deux histoires sociales radicalement différentes : d'un côté un pays où le calendrier férié s'est construit par sédimentation religieuse puis républicaine, avec une intervention forte de la loi ; de l'autre un royaume où les bank holidays sont nés d'un texte bancaire de 1871 et où, aujourd'hui encore, aucun salarié n'a de droit automatique à être payé ce jour-là.
Combien de jours exactement de chaque côté ? Quelles dates coïncident en 2026 ? Pourquoi l'Écosse et l'Irlande du Nord en ont-elles davantage que l'Angleterre ? Et surtout : qu'est-ce que cela change concrètement pour un Français employé à Londres, ou pour un DRH qui pilote des équipes des deux côtés depuis le Brexit ? Cet article compare ligne à ligne les deux calendriers, textes officiels à l'appui. Article vérifié le 29 juillet 2026.
11 fêtes légales en France contre 8 bank holidays au Royaume-Uni
Le point de départ est arithmétique. L'article L3133-1 du Code du travail énumère onze fêtes légales applicables sur l'ensemble du territoire métropolitain : le 1er janvier, le lundi de Pâques, le 1er mai, le 8 mai, l'Ascension, le lundi de Pentecôte, le 14 juillet, l'Assomption, la Toussaint, le 11 novembre et le 25 décembre.
Au Royaume-Uni, il n'existe pas de liste unique. Les bank holidays varient selon la nation, et le décompte officiel publié par le gouvernement britannique donne, pour 2026 :
- Angleterre et pays de Galles : 8 jours ;
- Écosse : 9 jours ;
- Irlande du Nord : 10 jours.
La comparaison la plus courante — « 11 contre 8 » — oppose donc la France à l'Angleterre et au pays de Galles. Elle reste vraie, mais elle masque une variation interne importante que nous détaillons plus bas.
Le calendrier comparé 2026
Les onze fêtes légales françaises de 2026 sont publiées par l'administration ; les bank holidays britanniques le sont par le gouvernement du Royaume-Uni. Voici la mise en regard des deux calendriers.
| Date 2026 | France | Angleterre / pays de Galles | Écosse | Irlande du Nord |
|---|---|---|---|---|
| Jeudi 1er janvier | Jour de l'An | New Year's Day | New Year's Day | New Year's Day |
| Vendredi 2 janvier | — | — | 2 January | — |
| Mardi 17 mars | — | — | — | St Patrick's Day |
| Vendredi 3 avril | Alsace-Moselle uniquement | Good Friday | Good Friday | Good Friday |
| Lundi 6 avril | Lundi de Pâques | Easter Monday | — | Easter Monday |
| Vendredi 1er mai | Fête du Travail | — | — | — |
| Lundi 4 mai | — | Early May | Early May | Early May |
| Vendredi 8 mai | Victoire 1945 | — | — | — |
| Jeudi 14 mai | Ascension | — | — | — |
| Lundi 25 mai | Lundi de Pentecôte | Spring Bank Holiday | Spring Bank Holiday | Spring Bank Holiday |
| Lundi 13 juillet | — | — | — | Battle of the Boyne |
| Mardi 14 juillet | Fête nationale | — | — | — |
| Lundi 3 août | — | — | Summer Bank Holiday | — |
| Samedi 15 août | Assomption | — | — | — |
| Lundi 31 août | — | Summer Bank Holiday | — | Summer Bank Holiday |
| Dimanche 1er novembre | Toussaint | — | — | — |
| Mercredi 11 novembre | Armistice 1918 | — | — | — |
| Lundi 30 novembre | — | — | St Andrew's Day | — |
| Vendredi 25 décembre | Noël | Christmas Day | Christmas Day | Christmas Day |
| Lundi 28 décembre | — | Boxing Day (report) | Boxing Day (report) | Boxing Day (report) |
| Total | 11 | 8 | 9 | 10 |
Deux enseignements sautent aux yeux. D'abord, seuls trois jours coïncident réellement entre la France et l'Angleterre en 2026 : le 1er janvier, le lundi de Pâques et le 25 décembre. Ensuite, le Royaume-Uni concentre ses jours chômés sur des lundis, là où la France laisse ses fêtes tomber n'importe quel jour de la semaine — avec, en 2026, deux d'entre elles perdues sur un week-end.
Pourquoi les Britanniques en ont moins : une histoire industrielle
Le calendrier français est un empilement historique. Les fêtes religieuses catholiques (Pâques, Ascension, Pentecôte, Assomption, Toussaint, Noël) ont traversé la Révolution et la loi de séparation de 1905 sans disparaître ; s'y sont ajoutées des dates civiques et mémorielles (14 juillet, 11 novembre, 8 mai) et une conquête sociale (le 1er mai). Chaque strate a été verrouillée par un texte de loi, et aucune n'a jamais été retirée.
Le Royaume-Uni a suivi un chemin opposé. La Réforme anglicane du XVIe siècle, puis surtout le puritanisme du XVIIe, ont massivement réduit le nombre de fêtes religieuses chômées : les saints' days qui parsemaient le calendrier médiéval ont été supprimés au nom d'une théologie hostile à la multiplication des célébrations. Au début du XIXe siècle, la Banque d'Angleterre ne fermait plus que quelques jours par an, contre plusieurs dizaines un siècle et demi plus tôt.
La révolution industrielle a fait le reste. Dans une économie de manufactures fonctionnant à cadence continue, chaque jour d'arrêt représentait un coût direct, et le patronat britannique s'est opposé pendant des décennies à toute extension du repos légal. C'est un banquier et parlementaire libéral, Sir John Lubbock, qui fit adopter en 1871 la première loi créant des jours de fermeture officiels — quatre en Angleterre, au pays de Galles et en Irlande, cinq en Écosse. Le Royaume-Uni est ainsi parti d'une base très basse, et n'a que très peu élargi la liste depuis : le May Day date de 1978, et la dernière addition permanente, le St Andrew's Day écossais, de 2007.
Les fériés communs : Pâques et Noël
Les deux calendriers ne se recoupent qu'autour de deux pôles chrétiens.
Le cycle pascal. Les deux pays chôment le lundi de Pâques (6 avril 2026), avec une exception notable : l'Écosse ne le reconnaît pas comme bank holiday. À l'inverse, le Vendredi Saint (3 avril 2026) est férié dans les quatre nations britanniques alors qu'il ne l'est pas en France métropolitaine — sauf en Alsace-Moselle, dans les communes disposant d'un temple protestant ou d'une église mixte. Voir notre article dédié au statut du Vendredi Saint en France et notre page sur le lundi de Pâques.
Noël. Le 25 décembre est chômé des deux côtés. Mais le Royaume-Uni y ajoute le Boxing Day du 26 décembre, absent du droit français général — sauf, là encore, en Alsace-Moselle où la Saint-Étienne est fériée sous le nom de « 2e jour de Noël ». C'est l'une des rares configurations où le droit local alsacien-mosellan se rapproche davantage du modèle britannique et germanique que du modèle français général.
Le Nouvel An. Le 1er janvier est commun. L'Écosse y ajoute le 2 janvier, héritage du Hogmanay, la fête écossaise du Nouvel An traditionnellement plus importante que Noël jusqu'au XXe siècle.
Les bank holidays sans équivalent français
Trois bank holidays britanniques n'ont aucun miroir dans le calendrier français, et ce sont précisément eux qui structurent l'année sociale au Royaume-Uni.
Early May Bank Holiday
Fixé au premier lundi de mai (4 mai en 2026), il a été créé en 1978. Il ne faut pas le confondre avec le 1er mai français : le Royaume-Uni ne chôme pas la date du 1er mai en tant que telle, mais déplace le repos au lundi suivant. Là où le 1er mai français est le seul jour obligatoirement chômé et payé double s'il est travaillé, l'Early May britannique n'ouvre aucun droit particulier.
Spring Bank Holiday
Dernier lundi de mai (25 mai en 2026). Curiosité du calendrier : en 2026, il tombe exactement le même jour que le lundi de Pentecôte français. Ce n'est pas un hasard total — le Spring Bank Holiday a remplacé en 1971 l'ancien Whit Monday, le lundi de Pentecôte britannique, en le détachant du calendrier liturgique mobile pour le fixer à une date civile.
Summer Bank Holiday
C'est le grand rendez-vous de l'été britannique, et il illustre parfaitement la fragmentation interne du royaume : dernier lundi d'août en Angleterre, au pays de Galles et en Irlande du Nord (31 août 2026), mais premier lundi d'août en Écosse (3 août 2026). Quatre semaines d'écart au sein d'un même État.
Angleterre, Écosse, pays de Galles, Irlande du Nord : quatre calendriers
Traiter « le Royaume-Uni » comme un bloc est la première erreur des services RH français. Le pays de Galles est le seul à s'aligner strictement sur l'Angleterre.
L'Écosse (9 jours) ajoute le 2 janvier et le St Andrew's Day du 30 novembre, décale son Summer Bank Holiday en début août, et — contre-intuitivement — ne reconnaît pas le lundi de Pâques. Le St Andrew's Day, instauré par le Parlement écossais en 2007, présente en outre une particularité : il n'oblige pas les employeurs à fermer, beaucoup d'entreprises écossaises travaillent normalement ce jour-là.
L'Irlande du Nord (10 jours) possède le calendrier le plus fourni, avec deux dates propres à forte charge identitaire : la St Patrick's Day du 17 mars, partagée avec la République d'Irlande, et le Battle of the Boyne (ou Orangemen's Day) du 12 juillet, reporté au lundi 13 juillet en 2026 puisque le 12 tombe un dimanche. Les entreprises implantées des deux côtés de la frontière irlandaise doivent gérer deux calendriers distincts, ceux de la République d'Irlande et de l'Irlande du Nord ne coïncidant que partiellement.
Ce que cela change pour un expatrié français au Royaume-Uni
L'écart réel dépasse largement les trois jours du décompte brut. Un salarié français à temps plein cumule 25 jours ouvrés de congés payés et onze fêtes légales, dont neuf tombent en semaine en 2026. Un salarié anglais dont le contrat prévoit le minimum légal « inclusive of bank holidays » dispose de 28 jours au total, tous usages confondus. L'écart approche les huit jours par an.
Trois points de vigilance pour qui signe un contrat outre-Manche :
- Lire la formule exacte du contrat. « 28 days including bank holidays » et « 28 days plus bank holidays » sont deux offres séparées par huit jours de congés. La seconde formulation existe, notamment dans la finance et le secteur public, mais elle se négocie.
- Vérifier la nation d'affectation. Un poste à Édimbourg ou à Belfast ne suit pas le calendrier londonien. Un salarié basé en Écosse ne chôme pas le lundi de Pâques mais bénéficie du 2 janvier.
- Anticiper les retours en France. Les week-ends prolongés français de mai (8 mai, Ascension, Pentecôte) ne correspondent à presque rien côté britannique. Les billets Eurostar sur ces créneaux subissent une double pression tarifaire, la demande française s'ajoutant au trafic ordinaire.
Post-Brexit : gérer des équipes des deux côtés de la Manche
La sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne n'a rien changé aux calendriers fériés eux-mêmes — ils relevaient déjà du droit national et non du droit communautaire. Ce qui a changé, c'est la disparition de plusieurs mécanismes de coordination qui amortissaient les frictions.
Le détachement de salariés relève désormais du régime des pays tiers, avec des formalités d'immigration et un traitement de sécurité sociale encadré par le protocole de coordination de l'accord de commerce et de coopération, et non plus par les règlements européens. Pour une équipe mixte, cela impose de traiter séparément le droit applicable au contrat de travail et le calendrier des jours chômés.
En pratique, les entreprises binationales adoptent l'une de trois approches :
- Calendrier local strict : chaque salarié suit le calendrier de son lieu d'affectation. C'est la solution la plus simple juridiquement, mais elle crée des journées où une moitié de l'équipe est indisponible.
- Socle commun plus jours flottants : on retient les dates communes (1er janvier, lundi de Pâques, Noël) et on convertit l'excédent en jours mobiles. Attention : en France, cela suppose un accord collectif et ne peut pas déroger au caractère obligatoirement chômé du 1er mai.
- Alignement sur le calendrier le plus favorable : on accorde à tous les jours fériés des deux pays. Coûteux, mais fréquent dans les cabinets de conseil et la tech.
Pour les dates britanniques détaillées année par année, notre site partenaire bank-holidays-uk.co.uk publie le calendrier complet des bank holidays nation par nation. Le comparatif européen plus large est disponible sur notre panorama des jours fériés par pays.
En résumé
La France compte onze fêtes légales, l'Angleterre et le pays de Galles huit bank holidays, l'Écosse neuf et l'Irlande du Nord dix. L'écart tient à deux histoires opposées : un calendrier français sédimenté et protégé par la loi, un calendrier britannique né d'un texte bancaire de 1871 dans un contexte industriel hostile au repos. Mais le chiffre brut trompe : la vraie différence est juridique. Le Royaume-Uni ne garantit aucun droit à chômer un bank holiday, et autorise l'employeur à l'imputer sur les 28 jours de congés légaux. Un salarié français cumule ses onze fériés et ses cinq semaines ; un salarié britannique, souvent, non.
Questions fréquentes
Combien y a-t-il de jours fériés au Royaume-Uni exactement ?
Huit en Angleterre et au pays de Galles, neuf en Écosse et dix en Irlande du Nord. Il n'existe pas de nombre unique pour « le Royaume-Uni » : le calendrier relève de chaque nation constitutive.
Le 1er mai est-il férié au Royaume-Uni ?
Non, pas à cette date. Le Royaume-Uni chôme l'Early May Bank Holiday, fixé au premier lundi de mai (4 mai en 2026), et non la date du 1er mai. Contrairement à la France, ce jour n'est pas obligatoirement chômé et n'ouvre droit à aucun doublement de rémunération.
Un employeur britannique peut-il me faire travailler un bank holiday ?
Oui. Le droit britannique ne prévoit aucun droit statutaire à un congé payé au titre d'un bank holiday. Tout dépend du contrat de travail. En l'absence de clause contraire, l'employeur peut planifier une journée de travail normale, sans majoration.
Pourquoi le Boxing Day est-il reporté au 28 décembre 2026 ?
Parce que le 26 décembre 2026 tombe un samedi. Le Royaume-Uni applique le mécanisme des substitute days : quand un bank holiday tombe un week-end, un jour de remplacement est accordé le premier jour ouvré suivant. La France ne connaît pas ce mécanisme.
L'Écosse chôme-t-elle le lundi de Pâques ?
Non. Le lundi de Pâques n'est pas un bank holiday en Écosse, alors qu'il l'est en Angleterre, au pays de Galles et en Irlande du Nord. Le Vendredi Saint, lui, est chômé dans les quatre nations.
Combien de jours de congés payés au Royaume-Uni par rapport à la France ?
Le minimum légal britannique est de 5,6 semaines, soit 28 jours pour un temps plein sur cinq jours, bank holidays potentiellement inclus. La France garantit 25 jours ouvrés de congés payés en plus des onze fêtes légales. L'écart réel avoisine huit jours par an.
Les jours fériés britanniques ont-ils changé depuis le Brexit ?
Non. Les calendriers fériés relevaient déjà exclusivement du droit national de chaque État membre, et non du droit de l'Union. Le Brexit a en revanche modifié les règles de détachement et de coordination de sécurité sociale entre la France et le Royaume-Uni.
Quelles dates sont fériées simultanément en France et en Angleterre en 2026 ?
Trois seulement : le jeudi 1er janvier, le lundi 6 avril (lundi de Pâques) et le vendredi 25 décembre. Toutes les autres dates divergent.
Préparer un déplacement entre la France et le Royaume-Uni
Les week-ends prolongés britanniques et français se chevauchant rarement, la réservation anticipée reste le meilleur levier sur les liaisons transmanche.
Consulter les horaires Eurostar Paris–Londres — Comparer les trajets ferroviaires au Royaume-Uni
Article vérifié le 29 juillet 2026.
Sources : Service-Public.fr — Jours fériés et ponts dans le secteur privé (vérifié le 1er janvier 2026) ; Légifrance — Code du travail, articles L3133-1 à L3133-3 ; Légifrance — Code du travail, articles L3133-4 à L3133-6 (1er mai) ; GOV.UK — UK bank holidays ; GOV.UK — Holiday entitlement ; Bank Holidays UK — calendrier 2026 par nation.