La rentrée est la saison des contrats courts : missions d'intérim en logistique, CDD de remplacement, renforts saisonniers. Et avec eux revient une question très concrète — un jour férié tombant pendant une mission d'intérim ou un CDD est-il payé ? La réponse tient en une phrase, mais elle surprend : oui dans l'immense majorité des cas, et souvent sans condition d'ancienneté pour les intérimaires, alors que ceux-ci sont pourtant expressément exclus du texte de référence. Cet article démonte cette apparente contradiction, statut par statut, et règle au passage trois idées fausses tenaces sur la prolongation du contrat, la récupération et le 1er mai. Pour les règles générales applicables à tous, voyez notre guide sur le travail un jour férié et sa rémunération.
Le saviez-vous ? L'article L3133-3 du Code du travail, qui garantit le maintien de salaire un jour férié chômé, exclut noir sur blanc les salariés temporaires. Et pourtant, en pratique, l'intérimaire est payé — c'est un autre article, le L1251-18, qui rétablit son droit par le principe d'égalité de rémunération.
Le principe général : les 11 jours fériés du Code du travail
L'article L3133-1 du Code du travail fixe la liste des onze jours fériés légaux en France : 1er janvier, lundi de Pâques, 1er mai, 8 mai, Ascension, lundi de Pentecôte, 14 juillet, Assomption, Toussaint, 11 novembre et Noël. En Alsace-Moselle, deux jours supplémentaires s'ajoutent : le Vendredi saint et le 26 décembre. Notre article détaillé sur le nombre de jours fériés par an en France revient sur cette exception territoriale.
Attention à une confusion très répandue : « férié » ne signifie pas « chômé ». Un jour férié est un jour de fête légale ; l'employeur peut décider de le travailler, sauf le 1er mai. Ce sont l'accord d'entreprise, la convention collective ou l'usage qui déterminent quels jours fériés sont effectivement chômés dans une entreprise donnée. Cette distinction est le point de départ de tout raisonnement sur les contrats courts.
En CDD : l'alignement complet sur le CDI
Le cas du contrat à durée déterminée est le plus simple. L'article L1242-14 pose que « les dispositions légales et conventionnelles ainsi que celles résultant des usages applicables aux salariés en contrat à durée indéterminée s'appliquent également aux salariés en contrat à durée déterminée ».
Conséquence directe : un salarié en CDD a exactement les mêmes droits qu'un CDI sur les jours fériés. Si le 11 novembre est chômé et payé dans l'entreprise, il l'est aussi pour le CDD. Si l'entreprise travaille ce jour-là, le CDD travaille aussi, aux mêmes conditions de majoration éventuelle.
La seule réserve est celle de l'ancienneté. L'article L3133-3 réserve le maintien de salaire aux salariés totalisant au moins trois mois d'ancienneté dans l'entreprise ou l'établissement. Un CDD d'un mois signé en septembre ne remplit donc pas, en théorie, cette condition légale.
À retenir : la condition des trois mois est une règle légale minimale. Une très large majorité de conventions collectives la suppriment et prévoient le paiement des jours fériés dès le premier jour de contrat. Vérifiez toujours votre convention collective avant de conclure que vous n'y avez pas droit.
En intérim : l'exclusion du texte, le droit par l'égalité de traitement
Le cas de l'intérim est le plus contre-intuitif, et c'est celui qui génère le plus de litiges.
Le second alinéa de l'article L3133-3 écarte explicitement du maintien de salaire quatre catégories : les salariés travaillant à domicile, les saisonniers, les intermittents et les salariés temporaires — c'est-à-dire les intérimaires. Lu isolément, ce texte laisserait penser qu'un intérimaire n'est jamais payé un jour férié chômé.
Mais un second texte prend le relais. L'article L1251-18 dispose que la rémunération du salarié temporaire ne peut être inférieure à celle que percevrait, après période d'essai, un salarié de qualification équivalente occupant le même poste dans l'entreprise utilisatrice. Cette rémunération de référence inclut l'ensemble des éléments de salaire, primes et accessoires — dont les jours fériés chômés et payés.
Le raisonnement se termine ainsi : si les salariés permanents de l'entreprise utilisatrice sont payés le 11 novembre chômé, l'intérimaire présent en mission ce jour-là doit l'être également, et ce sans condition d'ancienneté, puisque c'est le statut du salarié comparé qui sert de référence, pas le sien.
| Statut | Texte applicable | Condition d'ancienneté | Jour férié chômé |
|---|---|---|---|
| CDI | L3133-3 | 3 mois | Payé |
| CDD | L1242-14 + L3133-3 | 3 mois | Payé |
| Intérim | L1251-18 (égalité) | Aucune | Payé si chômé chez l'utilisateur |
| Saisonnier | Exclu de L3133-3 | — | Selon convention collective |
| Apprenti / alternant | Régime de droit commun | 3 mois | Payé |
Les alternants relèvent du régime général : notre article dédié aux jours fériés de l'apprenti et de l'alternant détaille leur situation particulière en centre de formation.
Le 1er mai : le seul jour vraiment intouchable
Le 1er mai obéit à un régime à part, fixé aux articles L3133-4 à L3133-6. C'est le seul jour férié obligatoirement chômé pour tous les salariés, sans exception de statut, d'ancienneté ou de type de contrat.
Deux conséquences précises. Premièrement, le chômage du 1er mai ne peut entraîner aucune réduction de salaire : un intérimaire en mission, un CDD d'une semaine, un saisonnier — tous sont payés. Deuxièmement, dans les établissements qui ne peuvent interrompre leur activité (hôpitaux, transports, hôtellerie, sécurité), les salariés occupés le 1er mai perçoivent, en plus du salaire correspondant au travail accompli, une indemnité égale à ce salaire : c'est le fameux doublement, et il s'applique intégralement aux contrats courts.
⚠ Attention : le doublement de salaire est réservé au 1er mai. Pour les dix autres jours fériés, aucune majoration légale n'existe : un salarié qui travaille le 14 juillet ou le 25 décembre est payé au tarif normal, sauf si sa convention collective ou un accord d'entreprise prévoit mieux. C'est l'erreur la plus fréquemment commise par les salariés en contrat court.
Trois idées fausses à corriger
« Un jour férié prolonge mon contrat »
Faux. Le terme d'un CDD ou d'une mission d'intérim est fixé au contrat et un jour férié chômé ne le décale pas. Si votre mission se termine le 13 novembre et que le 11 novembre est chômé, elle se termine toujours le 13 novembre. La seule chose qui change est le nombre de jours effectivement travaillés.
« Je devrai récupérer ces heures »
Faux également, et cette fois le texte est catégorique. L'article L3133-2 dispose que les heures de travail perdues par suite du chômage des jours fériés ne donnent pas lieu à récupération. Un employeur qui vous demanderait de rattraper le 11 novembre le samedi suivant serait hors la loi.
« Un férié le dimanche me donne un jour en plus »
Faux dans le cas général. Un jour férié tombant un dimanche, un samedi non travaillé ou tout autre jour de repos n'ouvre droit ni à indemnisation ni à récupération, sauf disposition conventionnelle contraire. Notre article sur le jour férié tombant un samedi ou un dimanche détaille les rares conventions plus généreuses. C'est un point sensible en 2026 : le 1er novembre tombe un dimanche, et le 15 août est tombé un samedi.
Les jours fériés restants en 2026 pour un contrat de rentrée
Un contrat court signé en septembre 2026 croisera au maximum trois jours fériés. Voici leur configuration exacte.
| Jour férié | Date 2026 | Jour de la semaine | Impact contrat court |
|---|---|---|---|
| Toussaint | 1er novembre | Dimanche | Aucun si dimanche non travaillé |
| Armistice | 11 novembre | Mercredi | Journée chômée en pleine semaine |
| Noël | 25 décembre | Vendredi | Week-end de trois jours |
Le 11 novembre 2026 tombant un mercredi, il coupe la semaine sans offrir de pont naturel. Le 25 décembre un vendredi, en revanche, crée un week-end de trois jours automatique. Pour anticiper l'année suivante, consultez notre calendrier des jours fériés 2027 en France, et notre guide sur les ponts et l'optimisation des congés si vous enchaînez sur un CDI.
💡 Astuce : en intérim, demandez à votre agence la convention collective de l'entreprise utilisatrice, pas celle du travail temporaire. C'est celle-là qui détermine quels jours fériés sont chômés et payés sur votre poste — et c'est la seule référence utile en cas de désaccord sur votre bulletin.
Comment le jour férié apparaît sur votre paie
Un jour férié chômé et payé n'apparaît pas toujours sur une ligne dédiée. Le plus souvent, il est simplement inclus dans les heures normales du mois, ce qui rend le contrôle malaisé.
La méthode fiable consiste à vérifier le nombre d'heures rémunérées plutôt que de chercher une mention explicite. Si vous êtes à 35 heures hebdomadaires et qu'une semaine comporte un jour férié chômé, votre bulletin doit toujours afficher 35 heures rémunérées — pas 28. Si le compte n'y est pas, la discussion peut commencer.
Point important pour les contrats courts : les jours fériés payés entrent dans l'assiette de l'indemnité de fin de mission (10 % en intérim) et de la prime de précarité (10 % en CDD), ainsi que dans celle de l'indemnité compensatrice de congés payés. Un jour férié bien payé rapporte donc mécaniquement un peu plus que sa seule journée.
Voici ce que représente concrètement une journée fériée de 7 heures chômée et payée sur une mission d'intérim, indemnités comprises.
| Taux horaire brut | Journée fériée (7 h) | IFM 10 % | Congés payés 10 % | Total brut |
|---|---|---|---|---|
| 12 € | 84,00 € | 8,40 € | 9,24 € | 101,64 € |
| 14 € | 98,00 € | 9,80 € | 10,78 € | 118,58 € |
| 16 € | 112,00 € | 11,20 € | 12,32 € | 135,52 € |
L'écart entre un jour férié payé et un jour férié « oublié » atteint donc plus de 100 € bruts pour une seule journée — et davantage encore si plusieurs fériés tombent pendant la mission. Le raisonnement en jours ouvrés, ouvrables et francs est expliqué dans notre article sur la différence entre jours ouvrés, ouvrables et francs.
Jour férié et congés payés en contrat court
Si un jour férié chômé tombe pendant vos congés payés, il n'est pas décompté de votre solde : vous ne perdez pas une journée de congé. En revanche, si ce jour férié est habituellement travaillé dans l'entreprise, il est décompté normalement.
Sur un CDD de trois mois avec 7,5 jours de congés acquis, la nuance représente concrètement une journée entière de solde — soit plus de 13 % du droit total. Le mécanisme complet est détaillé dans notre article sur le jour férié pendant les congés payés. Si vous êtes en arrêt à ce moment-là, voyez plutôt le jour férié pendant un arrêt maladie.
Que faire si votre jour férié n'est pas payé
Étape 1 — Identifier la convention collective applicable. Son numéro IDCC figure sur votre bulletin de paie. En intérim, c'est celle de l'entreprise utilisatrice qui compte pour la comparaison de rémunération.
Étape 2 — Vérifier le traitement des salariés permanents. Si les CDI de l'entreprise ont été payés ce jour-là sans travailler, l'égalité de traitement joue en votre faveur.
Étape 3 — Écrire à l'employeur ou à l'agence. Un simple courriel demandant le détail du calcul suffit dans la plupart des cas : beaucoup de rectifications se font sur la paie du mois suivant, sans conflit.
Étape 4 — Saisir les représentants du personnel ou l'inspection du travail. En l'absence de réponse, le CSE de l'entreprise utilisatrice puis l'inspection du travail sont les interlocuteurs suivants. Le conseil de prud'hommes reste le recours ultime, avec un délai de prescription de trois ans pour les rappels de salaire.
FAQ : jours fériés en intérim et en CDD
Un intérimaire est-il payé les jours fériés ?
Oui, dès lors que le jour est chômé et payé pour les permanents de l'entreprise utilisatrice, et sans condition d'ancienneté (article L1251-18).
Un CDD a-t-il les mêmes droits qu'un CDI ?
Oui, l'article L1242-14 l'impose. Seule la condition des trois mois d'ancienneté de l'article L3133-3 s'applique, sauf convention plus favorable.
Un jour férié prolonge-t-il le contrat ?
Non. Le terme fixé au contrat ne bouge pas, et l'article L3133-2 interdit toute récupération.
Le 1er mai est-il payé en contrat court ?
Oui, sans condition. Et s'il est travaillé, il donne droit à une indemnité égale au salaire de la journée, soit un doublement.
Les fériés comptent-ils dans l'indemnité de fin de mission ?
Oui, ils entrent dans l'assiette des 10 % d'IFM comme des 10 % de prime de précarité.
Et si le férié tombe un dimanche ?
Aucun droit supplémentaire : ni indemnisation ni récupération, sauf disposition conventionnelle contraire.
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Article rédigé par la rédaction de JoursFeries.fr — publié le 4 septembre 2026. Sources : Code du travail, articles L3133-1 à L3133-6 (jours fériés, 1er mai, interdiction de récupération), L1242-14 (égalité de traitement en CDD), L1251-18 (égalité de rémunération du salarié temporaire) ; documentation publique du ministère du Travail sur les jours fériés et les contrats courts. Cet article présente le cadre légal général : votre convention collective ou un accord d'entreprise peut prévoir des dispositions plus favorables, qui priment alors sur ces règles. En cas de litige, rapprochez-vous des représentants du personnel, de l'inspection du travail ou d'un conseil juridique.