Un jour férié pendant la période d'essai soulève trois questions que se posent chaque année des centaines de milliers de nouveaux embauchés — surtout à la rentrée, quand les contrats signés en septembre croisent la Toussaint, l'Armistice et Noël. Le jour férié est-il payé alors que je viens d'arriver ? Repousse-t-il la fin de mon essai ? Puis-je être obligé de travailler ce jour-là ? Les réponses tiennent en trois règles : l'essai se compte en jours calendaires (le férié ne prolonge rien), le maintien de salaire légal exige trois mois d'ancienneté (le férié chômé n'est pas forcément payé, sauf le 1er mai et sauf convention collective), et le travail un jour férié obéit aux mêmes règles que pour les autres salariés. Cet article détaille chaque cas, chiffres et articles du Code du travail à l'appui, avec un calendrier des fériés qui tombent dans les essais démarrés à la rentrée 2026. Pour la règle générale de paiement, lisez aussi jour férié chômé : êtes-vous payé ? et notre liste des jours fériés obligatoirement chômés.
Le saviez-vous ? Septembre est le premier mois de l'année pour les embauches en CDI selon les déclarations préalables à l'embauche de l'URSSAF. Or la France ne compte aucun jour férié entre le 15 août et le 1er novembre : un essai de deux mois démarré le 1er septembre se termine le 31 octobre sans jamais croiser de jour férié — tandis qu'un essai de cadre de quatre mois en rencontre trois.
Rappel : comment fonctionne la période d'essai
La période d'essai permet à l'employeur d'évaluer les compétences du salarié et au salarié d'apprécier si le poste lui convient (article L1221-20 du Code du travail). Elle n'est jamais automatique : elle doit être expressément prévue dans le contrat ou la lettre d'engagement, avec sa durée et son éventuel renouvellement (article L1221-23).
| Catégorie (CDI) | Durée maximale initiale | Avec renouvellement (si accord de branche) |
|---|---|---|
| Ouvriers et employés | 2 mois | 4 mois |
| Agents de maîtrise et techniciens | 3 mois | 6 mois |
| Cadres | 4 mois | 8 mois |
| CDD de 6 mois ou moins | 1 jour par semaine, maximum 2 semaines | Pas de renouvellement |
| CDD de plus de 6 mois | 1 mois | Pas de renouvellement |
Ces plafonds sont fixés par les articles L1221-19 et L1221-21 pour le CDI et L1242-10 pour le CDD. Une convention collective peut prévoir des durées plus courtes, jamais plus longues. C'est dans ce cadre qu'il faut replacer la question des jours fériés.
Règle n°1 : un jour férié ne prolonge pas la période d'essai
C'est la question la plus fréquente, et la réponse est nette. Depuis un arrêt de principe de la Cour de cassation (Cass. soc. 29 juin 2005, n° 02-45.701), « sauf disposition conventionnelle ou contractuelle contraire, toute période d'essai exprimée en jours, en semaines ou en mois se décompte de manière calendaire ». Concrètement, un essai de deux mois commencé le lundi 7 septembre 2026 se termine le 6 novembre 2026 à minuit, que la période contienne des dimanches, des jours fériés ou des ponts. Le 1er novembre et le 11 novembre ne repoussent donc pas cette échéance d'une seule journée.
La nuance importante : ce sont les absences du salarié qui prolongent l'essai, pas les jours non travaillés inscrits au calendrier. La jurisprudence admet que la période d'essai est prorogée d'une durée égale aux absences pour maladie, congés payés, congés sans solde ou fermeture de l'entreprise, puisque l'employeur n'a pas pu évaluer le salarié pendant ce temps. Un jour férié chômé, lui, s'impose à tout le monde et fait partie du rythme normal de l'entreprise : il est neutre. Pour bien distinguer jours calendaires, ouvrables et ouvrés, consultez notre article sur la différence entre jours ouvrés, ouvrables et francs.
À retenir : jour férié = aucune prolongation de l'essai. Maladie, congés ou fermeture de l'entreprise = prolongation d'autant de jours (calendaires) que l'absence. Un pont posé par le salarié (RTT ou congé) prolonge donc l'essai, mais le férié lui-même, jamais.
Règle n°2 : le férié chômé n'est pas forcément payé avant trois mois d'ancienneté
C'est ici que la période d'essai change concrètement les choses. L'article L3133-3 du Code du travail dispose que le chômage des jours fériés ne peut entraîner aucune perte de salaire pour les salariés totalisant au moins trois mois d'ancienneté dans l'entreprise ou l'établissement. En dessous de ce seuil, la loi ne garantit rien : un employeur peut, en droit strict, retenir la journée sur la paie d'un salarié en période d'essai lorsque le jour férié est chômé. Le principe est détaillé dans notre dossier jour férié chômé : êtes-vous payé ?.
Deux exceptions majeures atténuent fortement cette règle. La première est le 1er mai : en vertu de l'article L3133-5, il est chômé et payé pour tous les salariés, sans aucune condition d'ancienneté — un salarié embauché le 28 avril est payé le 1er mai. La seconde, plus décisive encore en pratique, est la convention collective : la grande majorité des branches (Syntec, métallurgie, commerce de détail, hôtellerie-restauration, bâtiment…) ont supprimé ou réduit la condition d'ancienneté. Avant toute contestation, c'est donc le premier document à vérifier.
| Situation | Férié chômé payé ? | Fondement |
|---|---|---|
| Moins de 3 mois d'ancienneté, férié ordinaire | Non obligatoire (sauf convention collective) | Art. L3133-3 |
| Moins de 3 mois d'ancienneté, 1er mai | Oui, toujours | Art. L3133-5 |
| 3 mois d'ancienneté ou plus, essai toujours en cours | Oui | Art. L3133-3 (l'ancienneté inclut l'essai) |
| Convention collective sans condition d'ancienneté | Oui dès le 1er jour | Accord de branche (plus favorable) |
| Salarié mensualisé, férié tombant un jour de repos | Pas d'incidence sur la paie | Mensualisation |
L'ancienneté se compte période d'essai comprise
Point souvent mal compris : les trois mois d'ancienneté ne commencent pas à la fin de l'essai mais à la date d'entrée dans l'entreprise. Un cadre embauché le 1er septembre 2026 avec un essai de quatre mois atteint trois mois d'ancienneté le 1er décembre 2026, alors qu'il est encore en période d'essai : le 25 décembre 2026 lui sera donc payé de plein droit, alors que le 1er et le 11 novembre pouvaient ne pas l'être. Les périodes passées dans la même entreprise en CDD, en intérim ou en stage, lorsque le Code du travail prévoit leur reprise, comptent également.
💡 Astuce : le numéro de votre convention collective (IDCC) figure obligatoirement sur votre bulletin de paie. Recherchez-le sur Légifrance avec les mots « jours fériés » : la clause sur l'ancienneté se trouve presque toujours dans le chapitre « durée du travail » ou « congés et jours fériés ». Si la branche est plus favorable que la loi, elle s'applique automatiquement, même en période d'essai.
Règle n°3 : travailler un jour férié pendant l'essai
Rien n'interdit à un employeur de faire travailler un salarié en période d'essai un jour férié, dès lors que ce jour n'est pas chômé dans l'entreprise. En dehors du 1er mai, aucun jour férié n'est légalement chômé pour les salariés majeurs (article L3133-3-1 renvoie à l'accord d'entreprise ou de branche, à défaut à l'employeur). Le refus de travailler un jour férié normalement travaillé peut donc être considéré comme une faute — et en période d'essai, l'employeur n'a même pas besoin d'invoquer une faute pour rompre. Nos explications sur le droit de refuser un jour férié précisent les cas où le refus est légitime.
Côté rémunération, la loi ne prévoit aucune majoration pour un jour férié ordinaire travaillé : c'est la convention collective ou l'usage qui l'accordent (souvent +50 % ou +100 %, ou un repos compensateur). Le 1er mai travaillé, lui, est obligatoirement payé double (article L3133-6), période d'essai ou non. Le détail des majorations figure dans travailler un jour férié : rémunération et droits.
Le cas des moins de 18 ans
Les salariés et apprentis mineurs ne peuvent pas travailler les jours fériés (article L3164-6), y compris pendant la période d'essai, sauf dans les secteurs listés à l'article R3164-2 (hôtellerie-restauration, boulangerie, pâtisserie, commerces alimentaires, fleuristes, spectacles…). Les règles spécifiques aux jeunes travailleurs sont détaillées dans notre guide jours fériés des apprentis et alternants.
Journée de solidarité et période d'essai
La journée de solidarité (souvent fixée au lundi de Pentecôte) s'impose à tous les salariés, y compris ceux en période d'essai : sept heures de travail non rémunérées, au prorata pour les temps partiels. Une seule protection existe : si vous avez déjà effectué cette journée chez un précédent employeur au cours de la même année civile, vous pouvez refuser de la refaire, sans que ce refus constitue une faute, ou demander à ce que les heures soient payées comme des heures supplémentaires (article L3133-10). Conservez le bulletin de paie qui en atteste. Notre article sur Pentecôte et journée de solidarité explique le mécanisme complet.
⚠ Attention : la période d'essai peut être rompue sans motif par l'une ou l'autre des parties. Contester frontalement une retenue pour jour férié dans les premières semaines est donc risqué. Privilégiez une question écrite et courtoise au service paie en citant votre convention collective : la retenue est souvent une erreur de paramétrage, corrigée sur la paie suivante. En cas de rupture manifestement liée à cette réclamation, la jurisprudence sanctionne la rupture abusive de l'essai.
Fin de période d'essai un jour férié : que se passe-t-il ?
Le décompte calendaire a une conséquence directe : si votre essai de trois mois commencé le 11 août 2026 expire le 10 novembre, la veille de l'Armistice, l'employeur qui souhaite rompre doit vous avoir notifié sa décision avant, en respectant le délai de prévenance de l'article L1221-25 : 24 heures en dessous de huit jours de présence, 48 heures entre huit jours et un mois, deux semaines après un mois, un mois après trois mois. Ce délai ne peut pas avoir pour effet de prolonger l'essai au-delà de son terme ; s'il n'est pas respecté, le salarié a droit à une indemnité compensatrice correspondant au salaire de la période manquante.
Le salarié qui rompt de son côté doit respecter un préavis de 24 heures (moins de huit jours de présence) ou 48 heures au-delà (article L1221-26). Un jour férié inclus dans ces délais ne les suspend pas. Et si l'essai se termine sans rupture, le contrat se poursuit automatiquement : un férié tombant le lendemain n'y change rien. Pour la situation voisine du salarié qui quitte l'entreprise, lisez jour férié pendant le préavis.
Calendrier : quels fériés tombent dans un essai démarré à la rentrée 2026 ?
Pour vous aider à anticiper, voici les jours fériés qui croisent les périodes d'essai démarrées entre le 1er septembre et le 1er octobre 2026, avec l'ancienneté atteinte à chaque date pour un salarié entré le 1er septembre. La liste complète des dates est sur notre page de référence jours fériés 2026, et les suivantes dans les prochains jours fériés en France.
| Jour férié | Date | Ancienneté (entrée 1er sept.) | Dans un essai de… | Payé si chômé (loi seule) |
|---|---|---|---|---|
| Toussaint | Dimanche 1er novembre 2026 | 2 mois | 3 mois et plus | Non (tombe un dimanche : sans effet pour la plupart) |
| Armistice | Mercredi 11 novembre 2026 | 2 mois et 10 jours | 3 mois et plus | Non, sauf convention collective |
| Noël | Vendredi 25 décembre 2026 | 3 mois et 24 jours | 4 mois et plus (cadres, renouvellements) | Oui |
| Jour de l'an | Vendredi 1er janvier 2027 | 4 mois | Essais renouvelés (4 à 8 mois) | Oui |
| Lundi de Pâques | Lundi 29 mars 2027 | près de 7 mois | Essais de cadres renouvelés (8 mois) | Oui |
Deux enseignements. D'abord, un employé ou ouvrier en essai de deux mois démarré en septembre ne rencontre aucun férié en semaine : la question ne se posera pas. Ensuite, pour un cadre entré le 1er septembre, seul le 11 novembre est réellement exposé à une retenue légale ; Noël et le Jour de l'an sont couverts par les trois mois d'ancienneté. Le point sur cette date figure dans le 11 novembre 2026 est-il férié ?.
Le saviez-vous ? En Alsace-Moselle, le 26 décembre (Saint-Étienne) et le Vendredi saint s'ajoutent aux onze fériés nationaux, et le droit local impose un chômage plus large. Un salarié en essai à Strasbourg ou Metz croise donc un férié de plus avant la fin de l'année.
Que faire si un jour férié a été retenu sur votre paie ?
La marche à suivre tient en quatre étapes. Vérifiez d'abord votre bulletin : une ligne « absence jour férié » ou une retenue d'un trentième de salaire signale la déduction. Consultez ensuite votre convention collective : si elle supprime la condition d'ancienneté, la retenue est illégale. Contrôlez l'ancienneté réelle, en incluant les contrats antérieurs dans la même entreprise. Enfin, adressez une demande écrite (mail suffit) au service paie, en citant l'article conventionnel. À défaut de réponse, le conseil de prud'hommes reste compétent pendant trois ans pour les rappels de salaire — bien après la fin de la période d'essai, ce qui permet d'attendre la confirmation du CDI avant d'agir si nécessaire.
À retenir : en période d'essai, un jour férié ne prolonge pas l'essai, n'est pas forcément payé avant trois mois d'ancienneté (sauf 1er mai et convention collective plus favorable), et peut être travaillé comme pour tout salarié majeur. Les trois mois d'ancienneté se comptent depuis le premier jour de travail, essai inclus.
FAQ : jour férié et période d'essai
Un jour férié prolonge-t-il la période d'essai ?
Non. L'essai se décompte en jours calendaires, fériés et week-ends compris (Cass. soc. 29 juin 2005). Seules les absences du salarié — maladie, congés, fermeture de l'entreprise — le prolongent.
Un jour férié chômé est-il payé pendant l'essai ?
Pas obligatoirement avant trois mois d'ancienneté (art. L3133-3), sauf le 1er mai, toujours payé, et sauf convention collective plus favorable — ce qui est le cas de la plupart des branches.
Peut-on m'obliger à travailler un jour férié pendant l'essai ?
Oui si le jour n'est pas chômé dans l'entreprise, comme pour tout salarié majeur. Seul le 1er mai est obligatoirement chômé ; les mineurs ne peuvent pas travailler les fériés hors secteurs dérogatoires.
La période d'essai peut-elle se terminer un jour férié ?
Oui, le décompte calendaire ne reporte pas l'échéance. La rupture doit avoir été notifiée avant, avec le délai de prévenance de l'article L1221-25.
L'ancienneté de trois mois inclut-elle l'essai ?
Oui. Elle court depuis la date d'entrée dans l'entreprise. Entré le 1er septembre, vous atteignez trois mois le 1er décembre.
La journée de solidarité s'applique-t-elle pendant l'essai ?
Oui, sauf si vous l'avez déjà effectuée chez un autre employeur la même année civile : vous pouvez alors refuser ou demander le paiement en heures supplémentaires.
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Article rédigé par la rédaction JoursFeries.fr — mis à jour le 2 septembre 2026. Sources : Code du travail, articles L1221-19 à L1221-26 (période d'essai), L1242-10 (essai en CDD), L3133-1 à L3133-6 (jours fériés, 1er mai, maintien de salaire), L3133-7 à L3133-12 (journée de solidarité), L3164-6 et R3164-2 (jeunes travailleurs) ; Cass. soc. 29 juin 2005, n° 02-45.701 (décompte calendaire de l'essai) ; fiches pratiques de service-public.fr et du ministère du Travail. Les règles de paiement et de majoration des jours fériés dépendent de votre convention collective ou de votre accord d'entreprise : consultez-les avant toute démarche ; cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil juridique individualisé.