Jour férié et temps partiel : la question revient à chaque pont, et la réponse tient en un principe simple mais souvent mal compris. Un salarié à temps partiel a exactement les mêmes droits qu'un salarié à temps plein sur les jours fériés — mais ces droits ne s'appliquent qu'aux jours qu'il aurait dû travailler. Un jour férié qui tombe sur l'une de ses journées libres ne lui ouvre donc ni indemnité, ni repos de remplacement. Cette règle, confirmée par la Cour de cassation, explique l'essentiel des malentendus. Ce guide détaille les cas concrets : rémunération, 1er mai, récupération, majoration, journée de solidarité et congés payés. Pour connaître les prochaines dates, consultez notre calendrier des jours fériés 2026.
Le saviez-vous ? Sur les onze jours fériés légaux en France, un seul — le 1er mai — est obligatoirement chômé et payé pour tous. Les dix autres ne sont chômés que si un accord collectif, un usage ou l'employeur en décide ainsi. C'est cette architecture qui rend le sujet si dépendant de votre convention collective.
Le principe de base : l'égalité de traitement
Le Code du travail pose une règle claire : le salarié à temps partiel bénéficie des mêmes droits que le salarié à temps complet, qu'il s'agisse des droits légaux, conventionnels ou issus d'un usage d'entreprise. Aucune clause ne peut réduire ses droits au motif de la durée réduite de son travail.
Cette égalité s'applique évidemment aux jours fériés. Un employeur ne peut pas décider que les salariés à 80 % ou à 50 % ne bénéficient pas du chômage d'un jour férié accordé aux autres. En revanche, l'égalité de traitement ne transforme pas un jour non travaillé en jour de repos indemnisable : c'est là que se situe toute la nuance.
Jour férié chômé sur un jour travaillé : le salaire est maintenu
C'est le cas le plus simple. Vous travaillez habituellement le lundi, le lundi est férié et chômé dans l'entreprise : votre rémunération est maintenue. Le chômage d'un jour férié ne peut pas entraîner de perte de salaire pour les salariés mensualisés qui comptent au moins trois mois d'ancienneté dans l'entreprise.
Trois conditions doivent être réunies : être mensualisé, justifier de trois mois d'ancienneté, et que le jour férié soit effectivement chômé dans l'entreprise. En dessous de trois mois d'ancienneté, le maintien du salaire n'est pas garanti par la loi — mais de très nombreuses conventions collectives suppriment cette condition. Le raisonnement est proche de celui applicable pendant un jour férié en période d'essai.
Jour férié sur un jour non travaillé : ni indemnité, ni récupération
C'est la situation qui génère le plus de contestations. Vous travaillez du lundi au mercredi, le vendredi est férié : vous ne percevez aucune indemnité supplémentaire et vous n'avez droit ni à un jour de repos de remplacement, ni à un report d'heures.
La logique juridique est la suivante : la règle du maintien de salaire vise à compenser une perte causée par le chômage du jour férié. Or, un salarié qui ne devait pas travailler ce jour-là ne subit aucune perte. Il n'y a donc rien à compenser, et la Cour de cassation écarte régulièrement l'argument de la discrimination sur ce point.
À retenir : à temps partiel, un jour férié ne se « rattrape » pas. Selon la répartition de vos jours, vous pouvez « bénéficier » de plusieurs jours fériés une année et d'aucun l'année suivante. Ce déséquilibre est juridiquement admis, sauf disposition conventionnelle plus favorable.
Les quatre situations possibles, résumées
| Situation | Rémunération | Repos compensateur | Récupération possible |
|---|---|---|---|
| Férié chômé, jour habituellement travaillé | Salaire maintenu | Sans objet | Non, interdite |
| Férié tombant un jour non travaillé | Aucune indemnité | Non (sauf convention) | Sans objet |
| Férié travaillé (hors 1er mai) | Salaire normal | Selon convention | Sans objet |
| 1er mai travaillé | Salaire + indemnité égale | Selon convention | Sans objet |
Le 1er mai, le seul cas vraiment protégé
Le 1er mai obéit à un régime distinct de tous les autres jours fériés. Il est chômé et payé pour l'ensemble des salariés, sans condition d'ancienneté ni de mensualisation. À temps partiel, s'il tombe sur une journée normalement travaillée, il est donc payé même avec deux semaines d'ancienneté.
Dans les établissements qui ne peuvent pas interrompre leur activité — santé, transports, hôtellerie, sécurité — le travail du 1er mai reste possible. Le salarié perçoit alors, en plus de son salaire, une indemnité égale au montant de ce salaire : autrement dit, la journée est payée double. Cette règle s'applique intégralement au temps partiel, calculée sur les heures réellement effectuées.
Point d'attention pour les années à venir : le 1er mai 2027 tombe un samedi, tout comme le 8 mai 2027. Pour beaucoup de salariés à temps partiel qui ne travaillent pas le samedi, ces deux jours n'auront aucun effet — un cas de figure détaillé dans notre article sur les fériés 2027 tombant un samedi.
La récupération des heures est interdite
Un employeur ne peut pas demander de rattraper les heures perdues à cause d'un jour férié chômé. Les heures perdues de ce fait ne donnent pas lieu à récupération. Concrètement, si vous travaillez habituellement le jeudi et que ce jeudi est férié et chômé, votre employeur ne peut pas exiger que vous veniez le vendredi à la place.
⚠ Attention : il ne faut pas confondre récupération imposée — interdite — et modification concertée du planning. Un changement de répartition des horaires reste possible dans les conditions prévues par votre contrat de travail, avec le délai de prévenance applicable, généralement de 7 jours ouvrés sauf accord collectif contraire. Refuser une modification hors des cas prévus au contrat ne constitue pas une faute.
Travailler un jour férié à temps partiel : majoration ou non ?
En dehors du 1er mai, aucune majoration légale n'est prévue pour le travail d'un jour férié. Beaucoup de salariés s'en étonnent, mais la loi ne fixe ni prime, ni repos compensateur automatique. Tout dépend de la convention collective, d'un accord d'entreprise ou d'un usage établi.
Les majorations conventionnelles les plus fréquemment rencontrées vont de +25 % à +100 %, parfois remplacées par un repos compensateur d'égale durée. Le mécanisme est le même qu'à temps plein, appliqué aux heures réellement effectuées — un fonctionnement décrit plus en détail dans notre article sur la rémunération du travail un jour férié et son illustration pour le 14 juillet travaillé.
| Point | Ce que garantit la loi | Ce que la convention peut ajouter |
|---|---|---|
| Chômage des jours fériés | Obligatoire pour le 1er mai uniquement | Liste de fériés chômés garantis |
| Maintien de salaire | Après 3 mois d'ancienneté | Suppression de la condition d'ancienneté |
| Férié travaillé (hors 1er mai) | Aucune majoration légale | Majoration de 25 % à 100 % ou repos |
| Férié un jour non travaillé | Aucune compensation | Jour de repos ou indemnité au prorata |
| Pont accolé à un férié | Aucune obligation | Ponts offerts ou imposés selon accord |
Cette lecture en deux colonnes est la plus utile en pratique : le Code du travail fixe un plancher, la convention collective construit au-dessus. Pour organiser vos journées libres autour des week-ends prolongés, notre page dédiée aux ponts de l'année recense toutes les configurations exploitables.
Heures complémentaires et jour férié
Une confusion fréquente mérite d'être levée : un jour férié chômé n'est pas du temps de travail effectif. Il n'entre donc pas dans le décompte qui déclenche les heures complémentaires, même si le salaire est maintenu.
En revanche, si vous travaillez ce jour férié au-delà de votre durée contractuelle, les heures effectuées sont bien des heures complémentaires, majorées selon les règles habituelles : +10 % dans la limite du dixième de la durée contractuelle, et +25 % au-delà, sauf accord collectif prévoyant un taux différent qui ne peut être inférieur à 10 %.
La journée de solidarité est proratisée
La journée de solidarité constitue le seul dispositif où la loi organise expressément un calcul proportionnel pour le temps partiel. Sa durée est réduite en fonction de la durée contractuelle de travail.
| Durée du contrat | Équivalent temps plein | Journée de solidarité due |
|---|---|---|
| 35 h / semaine | 100 % | 7 heures |
| 28 h / semaine | 80 % | 5 h 36 |
| 24 h / semaine | ≈ 68,6 % | 4 h 48 |
| 17 h 30 / semaine | 50 % | 3 h 30 |
Ces heures ne sont ni rémunérées en supplément, ni imputées sur le contingent d'heures complémentaires. Elles sont accomplies dans les conditions fixées par accord collectif ou, à défaut, par l'employeur.
Jour férié pendant les congés payés
Si un jour férié chômé tombe pendant vos congés payés et coïncide avec un jour que vous auriez travaillé, il n'est pas décompté de vos congés. Vous « récupérez » donc un jour de congé. À l'inverse, s'il tombe sur un jour que vous ne travaillez pas, il est neutre : il n'ajoute rien.
Le calcul dépend aussi de la méthode de décompte retenue par l'entreprise — jours ouvrables ou jours ouvrés — une distinction souvent source d'erreurs, expliquée dans notre guide sur la différence entre jours ouvrés, ouvrables et francs.
Cas particuliers à connaître
- Alsace-Moselle : deux jours fériés supplémentaires (le Vendredi saint et le 26 décembre) et un régime de chômage plus strict, applicable aussi au temps partiel.
- Salariés de moins de 18 ans : le travail les jours fériés est en principe interdit, avec des exceptions sectorielles. Voir les droits des apprentis et alternants.
- CDD et intérim : mêmes règles que les CDI, la condition d'ancienneté restant le point sensible. Détails dans notre article sur les jours fériés en intérim et en CDD.
- Télétravail : un jour férié chômé le reste, quel que soit le lieu d'exécution. Voir jour férié et télétravail.
- Préavis : les jours fériés ne prolongent pas la durée du préavis, sauf exceptions. Voir jour férié pendant le préavis.
💡 Astuce : avant toute réclamation, procédez dans cet ordre : identifiez votre convention collective (son intitulé figure sur votre bulletin de paie), cherchez-y le chapitre « jours fériés », puis comparez avec le traitement appliqué sur votre paie. Dans la majorité des litiges, la réponse se trouve dans la convention, pas dans le Code du travail — souvent plus favorable que le minimum légal.
Ce qu'il faut vérifier sur votre bulletin de paie
Quatre points permettent de contrôler rapidement qu'un jour férié a été correctement traité :
- Le nombre d'heures rémunérées du mois n'a pas diminué à cause d'un férié chômé.
- Aucune retenue pour absence ne figure à la date du jour férié.
- En cas de travail un jour férié, la majoration conventionnelle apparaît sur une ligne distincte.
- Pour le 1er mai travaillé, la journée apparaît bien doublée.
En cas d'anomalie, la première démarche consiste à saisir le service paie par écrit, puis les représentants du personnel. L'inspection du travail et le conseil de prud'hommes n'interviennent qu'ensuite.
FAQ : jour férié et temps partiel
Un temps partiel est-il payé les jours fériés ?
Oui, quand le jour férié chômé tombe sur une journée normalement travaillée, sous réserve d'être mensualisé et de justifier de trois mois d'ancienneté.
Et si le férié tombe un jour non travaillé ?
Aucune indemnité, aucun repos de remplacement, sauf disposition conventionnelle plus favorable.
Le 1er mai est-il différent ?
Oui : chômé et payé pour tous, sans condition d'ancienneté, et payé double s'il est travaillé.
Mon employeur peut-il me faire récupérer ces heures ?
Non. Les heures perdues du fait d'un jour férié chômé ne peuvent pas être récupérées.
Ai-je droit à une majoration si je travaille un férié ?
Seulement si votre convention collective, un accord d'entreprise ou un usage le prévoit. La loi ne l'impose pas hors 1er mai.
Comment est calculée la journée de solidarité ?
Au prorata de votre durée contractuelle : environ 3 h 30 pour un mi-temps, contre 7 heures à temps plein.
Aller plus loin
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Article rédigé par la rédaction de JoursFeries.fr — mis à jour le 5 septembre 2026. Sources : Code du travail (articles L3133-1 et suivants sur les jours fériés, L3133-4 et L3133-6 sur le 1er mai, L3133-7 et L3133-8 sur la journée de solidarité, L3123-5 sur l'égalité de traitement des salariés à temps partiel), jurisprudence de la chambre sociale de la Cour de cassation. Ces informations sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil juridique : votre convention collective peut prévoir des dispositions plus favorables. En cas de litige, rapprochez-vous des représentants du personnel, de l'inspection du travail ou d'un avocat en droit social.