Télétravail et jours fériés : quelles règles s'appliquent ?

Télétravail et jours fériés : quelles règles s'appliquent ?
16/08/2026

Télétravail et jour férié : la question paraît simple, elle ne l'est pas. Depuis la généralisation du travail à distance, des milliers de salariés se demandent chaque année si un jour férié « compte » quand on travaille chez soi, si l'employeur peut demander de rester joignable, ou si une réunion planifiée un 11 novembre est légale. La réponse tient en un principe et une longue série d'exceptions. Le principe : le télétravailleur a exactement les mêmes droits que le salarié sur site. Les exceptions viennent du fait que, en France, un seul jour férié est légalement chômé pour tout le monde. Ce guide fait le point, article du Code du travail à l'appui.

Le saviez-vous ? Contrairement à une idée très répandue, la France ne compte qu'un seul jour férié obligatoirement chômé pour l'ensemble des salariés du privé : le 1er mai. Les dix autres jours fériés légaux sont dits « ordinaires » — leur chômage dépend de la convention collective, d'un accord d'entreprise ou d'un usage. Le télétravail ne change rien à cette architecture.

Le principe de base : l'égalité de traitement

Tout part de l'article L1222-9 du Code du travail, qui encadre le télétravail. Il pose une règle claire : le télétravailleur bénéficie des mêmes droits que le salarié qui exécute son travail dans les locaux de l'entreprise. Cela vaut pour la rémunération, la formation, la représentation du personnel, la santé au travail — et bien sûr pour les jours fériés.

La conséquence est simple et rassurante : il n'existe aucun régime spécifique des jours fériés pour les télétravailleurs. Si le lundi de Pâques est chômé dans votre entreprise, il l'est pour vous que vous soyez à domicile, en espace de coworking ou dans les bureaux. Aucun formulaire à remplir, aucune demande à faire. Le fait de ne pas être physiquement présent ne crée ni droit supplémentaire, ni obligation nouvelle.

Reste la vraie question, qui n'a rien à voir avec le télétravail lui-même : ce jour férié est-il chômé dans votre entreprise ? C'est ce que nous allons regarder.

Quels jours fériés sont réellement chômés ?

La France compte 11 jours fériés légaux, énumérés à l'article L3133-1. Mais « férié » ne veut pas dire « non travaillé ». La distinction est fondamentale et c'est là que se trouvent 90 % des malentendus.

Statut Jours concernés Peut-on vous faire télétravailler ?
Férié et chômé par la loi 1er mai uniquement Non, sauf activité ne pouvant être interrompue
Férié « ordinaire » Les 10 autres (Noël, 14 juillet, Ascension…) Oui, sauf si un accord les rend chômés
Chômé par accord d'entreprise Variable selon l'entreprise Non, l'accord s'impose à l'employeur
Chômé par usage Pratique constante et ancienne Non, sauf dénonciation régulière de l'usage
Jeunes de moins de 18 ans Tous les jours fériés Non, protection renforcée

Depuis la loi du 8 août 2016, la détermination des jours fériés chômés relève en priorité de l'accord d'entreprise ou d'établissement, à défaut de la convention de branche, et à défaut de la décision de l'employeur. Autrement dit : votre premier réflexe, avant toute discussion, doit être de lire votre convention collective. C'est elle qui tranche dans l'immense majorité des cas. Nous détaillons la liste complète dans notre article sur les jours fériés obligatoirement chômés en France.

Salariée en télétravail consultant son ordinateur portable à son bureau à domicile
Le lieu d'exécution du travail ne modifie en rien le régime des jours fériés applicable au contrat.

Le cas particulier du 1er mai

Le 1er mai occupe une place à part. Les articles L3133-4 à L3133-6 en font un jour férié et chômé pour tous les salariés, quel que soit leur statut, leur ancienneté ou leur lieu de travail. Le télétravail n'y change rien : votre employeur ne peut pas vous demander de travailler depuis chez vous un 1er mai.

Une seule exception existe : les établissements et services qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail — hôpitaux, transports, hôtellerie-restauration, services d'urgence, certaines industries à feu continu. Dans ce cas, les salariés concernés perçoivent, en plus de leur salaire, une indemnité égale au montant de ce salaire : c'est le fameux doublement de la rémunération.

⚠ Attention : l'exception « activité ne pouvant être interrompue » s'apprécie au regard de la nature réelle de l'activité, pas du simple confort d'organisation. Un service support qui télétravaille habituellement n'entre pas automatiquement dans cette catégorie parce qu'un client attend une réponse. En cas de désaccord, l'inspection du travail et les représentants du personnel sont les bons interlocuteurs.

Êtes-vous payé si vous ne travaillez pas ce jour-là ?

Oui, sous une condition d'ancienneté. L'article L3133-3 prévoit que le chômage des jours fériés ne peut entraîner aucune perte de salaire pour les salariés totalisant au moins trois mois d'ancienneté dans l'entreprise. Cette règle s'applique aux télétravailleurs à l'identique.

Trois précisions utiles. D'abord, pour le 1er mai, le maintien de salaire est dû sans condition d'ancienneté. Ensuite, les travailleurs à domicile, saisonniers, intermittents et temporaires font l'objet de règles particulières. Enfin, le maintien de salaire couvre la rémunération que vous auriez perçue si vous aviez travaillé — heures habituelles comprises, mais pas les primes liées à une sujétion que vous n'avez pas subie. Nous détaillons tous les cas de figure dans notre guide jour férié chômé : êtes-vous payé ?

Votre employeur peut-il vous demander de télétravailler un jour férié ?

La réponse dépend entièrement du statut du jour concerné. Pour un jour férié ordinaire non chômé dans votre entreprise, oui : le travail ce jour-là est légal, et le refuser peut constituer une absence injustifiée. Pour un jour férié chômé par accord, convention ou usage, non : l'employeur est lié par ces textes.

Un point est souvent mal compris : le télétravail ne crée aucune souplesse supplémentaire. Certains employeurs considèrent qu'une demi-journée de travail depuis le domicile un jour férié « ne compte pas vraiment » puisqu'il n'y a ni trajet ni présence physique. C'est juridiquement faux : tout temps de travail effectif reste du temps de travail, qu'il soit accompli dans les locaux ou à domicile, et il doit être décompté et rémunéré comme tel.

Notre article dédié à la question peut-on refuser de travailler un jour férié détaille les recours possibles et les limites du droit de refus.

💡 Astuce : avant toute discussion avec votre manager, prenez trois minutes pour retrouver l'intitulé exact de votre convention collective — il figure sur votre bulletin de paie, généralement en haut à gauche, avec son numéro d'identifiant (IDCC). C'est le document qui tranchera, et le citer précisément change complètement la nature de la conversation.

Télétravailler un jour férié : quelle rémunération ?

C'est la source de déception la plus fréquente. En dehors du 1er mai, la loi ne prévoit aucune majoration pour le travail effectué un jour férié. Un 14 juillet télétravaillé est, par défaut, payé au tarif normal.

Situation Rémunération Repos compensateur
1er mai travaillé Salaire × 2 (majoration légale 100 %) Seulement si prévu par accord
Jour férié ordinaire travaillé Salaire normal, sauf convention plus favorable Seulement si prévu par accord
Jour férié chômé (ancienneté ≥ 3 mois) Maintien intégral du salaire Sans objet
Jour férié chômé (ancienneté < 3 mois) Retenue possible, hors 1er mai Sans objet
Journée de solidarité Travaillée sans rémunération supplémentaire (7 h) Sans objet

Beaucoup de conventions collectives sont toutefois plus favorables que la loi et prévoient une majoration de 50 à 100 % ou un jour de repos compensateur. C'est particulièrement fréquent dans le commerce, la santé, l'hôtellerie et les transports. Notre dossier sur travailler un jour férié : rémunération et droits passe en revue les cas les plus courants.

Rester joignable un jour férié : ce que dit le droit à la déconnexion

Le télétravail brouille la frontière entre disponibilité et travail effectif. Un message Slack lu un jour férié, un mail « urgent » traité en dix minutes, une astreinte informelle : ces situations sont fréquentes et juridiquement plus encadrées qu'on ne le croit.

Le droit à la déconnexion, introduit par la loi du 8 août 2016 et intégré à la négociation annuelle obligatoire, impose aux entreprises d'au moins 50 salariés de négocier les modalités d'exercice de ce droit et les dispositifs de régulation des outils numériques. Concrètement, un jour férié chômé, vous n'avez pas l'obligation de répondre — et l'entreprise doit avoir défini comment cela s'organise.

Deux situations distinctes doivent être distinguées. L'astreinte : elle suppose de rester joignable en vue d'intervenir, elle est encadrée et donne lieu à compensation financière ou en repos. Le travail effectif : dès lors que vous intervenez réellement, le temps passé est du temps de travail à comptabiliser. Ce qui n'est ni l'un ni l'autre — la simple habitude de « jeter un œil » — n'a aucune existence juridique et devrait être découragé par l'employeur.

Calendrier mensuel posé sur un bureau à côté d'un ordinateur portable et d'un smartphone
Poser les jours fériés chômés dans l'agenda partagé de l'équipe évite l'essentiel des malentendus.

Alsace-Moselle : deux jours fériés de plus, télétravail compris

Les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle conservent un droit local qui ajoute deux jours fériés : le Vendredi saint et le 26 décembre (Saint-Étienne). Le régime local est en outre plus protecteur : l'interdiction d'employer des salariés les jours fériés y est plus stricte qu'ailleurs.

Une question revient souvent depuis la généralisation du travail à distance : quel critère s'applique si l'entreprise et le salarié ne sont pas dans la même zone ? Le droit local s'attache en principe à l'établissement auquel le salarié est rattaché, et non à son domicile. Un salarié strasbourgeois rattaché à un établissement parisien ne bénéficie donc pas automatiquement des deux jours supplémentaires. La situation inverse existe aussi. Cette question étant régulièrement débattue, le plus sûr reste de la faire trancher explicitement dans l'accord de télétravail. Notre article sur le Vendredi saint férié en Alsace-Moselle revient en détail sur ce régime.

Journée de solidarité et télétravail

La journée de solidarité est une journée de travail supplémentaire non rémunérée, d'une durée de 7 heures pour un temps plein, destinée au financement de l'autonomie des personnes âgées et handicapées. Elle a longtemps été fixée au lundi de Pentecôte, mais depuis 2008, ses modalités sont librement déterminées par accord.

Elle peut donc prendre des formes très variées, particulièrement adaptées au travail à distance : un jour férié ordinaire travaillé, un jour de RTT supprimé, ou 7 heures réparties en fractions sur l'année. Ce dernier format est souvent le plus indolore pour les équipes en télétravail. Nous détaillons le mécanisme dans notre article sur la Pentecôte et la journée de solidarité.

Jour férié le week-end ou pendant les congés

Deux situations classiques, dont la réponse ne change pas en télétravail.

Le jour férié qui tombe un samedi ou un dimanche. Sauf disposition conventionnelle plus favorable, il n'ouvre droit à aucune récupération ni jour de repos supplémentaire. C'est le cas du 1er novembre 2026, qui tombe un dimanche. Ce point, très mal vécu, est développé dans notre article sur le jour férié tombant un samedi ou un dimanche.

Le jour férié pendant les congés payés. S'il s'agit d'un jour férié chômé dans l'entreprise, il n'est pas décompté de vos congés : vous « récupérez » une journée de congé. S'il n'est pas chômé, il est décompté normalement. Le détail est expliqué dans jour férié pendant les congés payés.

À retenir : après le 15 août 2026, il ne reste que trois jours fériés en 2026 : le dimanche 1er novembre (Toussaint), le mercredi 11 novembre (Armistice) et le vendredi 25 décembre (Noël). Deux d'entre eux tombent en semaine — de quoi organiser les dernières journées à distance de l'année.

Ce que votre accord de télétravail devrait préciser

La plupart des litiges naissent d'un accord de télétravail silencieux sur ces sujets. Cinq points méritent d'y figurer noir sur blanc :

1. La liste des jours fériés chômés dans l'entreprise, sans renvoi vague à « la convention ». 2. Les modalités de la journée de solidarité et sa compatibilité avec le travail à distance. 3. Les plages de joignabilité et l'affirmation explicite du droit à la déconnexion les jours fériés chômés. 4. Le sort des astreintes exercées depuis le domicile un jour férié, avec leur compensation. 5. Le critère de rattachement territorial pour les salariés concernés par le droit local d'Alsace-Moselle ou par le télétravail à l'étranger.

Point à clarifier Texte qui tranche Risque si l'accord est muet
Liste des jours chômés Accord d'entreprise, puis convention de branche Décision unilatérale de l'employeur
Journée de solidarité Accord d'entreprise ou de branche Fixation imposée sur un jour de RTT
Joignabilité et déconnexion Charte ou accord (NAO, entreprises ≥ 50 salariés) Travail dissimulé de fait, non décompté
Astreinte depuis le domicile Accord collectif, à défaut décision employeur Compensation non versée
Rattachement Alsace-Moselle Droit local + accord de télétravail Contentieux sur 2 jours fériés par an

Si votre accord est muet sur l'un de ces points, c'est un sujet parfaitement légitime à porter au comité social et économique (CSE). Ce sont des clarifications peu coûteuses qui évitent des conflits récurrents.

FAQ — Télétravail et jours fériés

Un télétravailleur a-t-il droit aux jours fériés ?
Oui. Le Code du travail impose une égalité de traitement entre télétravailleurs et salariés sur site. Si le jour est chômé dans l'entreprise, il l'est aussi à domicile.

Mon employeur peut-il me faire télétravailler un jour férié ?
Oui pour un jour férié ordinaire non chômé. Non pour le 1er mai (sauf activité ne pouvant être interrompue) ni pour un jour rendu chômé par accord, convention ou usage.

Suis-je payé si je ne travaille pas ?
Oui, à partir de trois mois d'ancienneté — et sans condition d'ancienneté pour le 1er mai.

Ai-je droit à une majoration ?
Uniquement le 1er mai (100 %). Pour les autres jours, seule votre convention collective peut prévoir une majoration ou un repos compensateur.

Et si le jour férié tombe un jour de présence sur site ?
Aucune différence : le jour férié chômé s'applique au jour calendaire, indépendamment du lieu de travail prévu.

Je télétravaille depuis l'étranger, quels jours fériés s'appliquent ?
En principe ceux prévus par le droit applicable au contrat, donc les jours fériés français pour un contrat français. Ces situations ayant des implications fiscales et sociales importantes, faites-les valider avant de vous installer durablement.

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Article rédigé par la rédaction de JoursFeries.fr — publié le 16 août 2026. Sources : Code du travail, articles L1222-9 (télétravail), L3133-1 à L3133-3 (jours fériés et maintien de salaire), L3133-4 à L3133-6 (1er mai), L3133-3-1 (détermination par accord), L3134-13 (droit local d'Alsace-Moselle) ; loi n° 2016-1088 du 8 août 2016 (droit à la déconnexion). Cet article est fourni à titre d'information générale et ne constitue pas un conseil juridique. Votre convention collective ou votre accord d'entreprise peut prévoir des dispositions plus favorables : vérifiez-les, ou rapprochez-vous de votre CSE, de l'inspection du travail ou d'un avocat en droit social.

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